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En marge d’un séminaire :

Pour l’expression politique des femmes

dimanche 10 mai 2009

Hedia Jrad


L’Arabie Saoudite envisagerait d’accorder aux femmes Saoudiennes l’autorisation de voter aux élections municipales, mesure certes intéressante mais insuffisante pour remédier aux écarts flagrants entre hommes et femmes dans ce pays.

Les participantes au Séminaire organisé le 27 Avril à Tunis par « CAWTER » (centre de la femme arabe pour la formation et la recherche) ont mesuré ces écarts au vu du rapport qui leur a été présenté sur la participation politique des femmes dans le monde arabe, thème de ce séminaire.

Dans le monde arabe, les femmes, quasi absentes des postes de décision et des instances de représentation, sont aussi une infime minorité dans les partis politiques et des exceptions dans leurs directions.

Au niveau du pouvoir législatif, le taux de représentation des femmes n’atteint pas les 10% et elles sont encore plus sous- représentées au niveau des instances régionales et municipales.

Quand « par bonheur » et exceptionnellement elles sont à la tête d’un ministère, c’est pour gérer les femmes, les enfants, la santé, les affaires sociales ; fonctions qui rappellent étrangement les rôles dans lesquels elles continuent à être confinées.

Dans ce sombre tableau de la participation politique des femmes, la Tunisie figure dans une position plus rassurante et, au moins en apparence, les décideurs y sont plus soucieux de la représentation des femmes dans les institutions politiques et administratives. Toutefois beaucoup de chemin reste à parcourir du fait que les obstacles énumérés pour expliquer cette faible participation des femmes sont les mêmes pour tous les pays de la région : obstacles culturels et carences démocratiques qui s’ajoutent à la persistance de pratiques patriarcales encore dominantes.

A partir de cet état des lieux fort inquiétant, il nous appartient de nous intéresser plus directement à l’évaluation de la participation des femmes tunisiennes au « politique ».

Par politique, entendons ici l’exercice librement choisi de sa propre citoyenneté et la participation aux instances de représentation et de prise de décision.

Notre système électoral est-il favorable aux femmes ? Les proportions introduites dans les Chambres de Députés et de Conseillers ressemblent à des quotas, décidés pour favoriser l’entrée des femmes dans les instances de représentations. Le quota est une mesure volontariste reconnue aujourd’hui par les conventions internationales comme un moyen efficace d’accroitre la participation politique des femmes en attendant que l’égalité des chances et de traitement favorisent la parité. Cette mesure a permis dans de nombreux pays d’améliorer la visibilité des femmes dans des espaces jusque là réservés aux hommes. Si en plus, les élues prennent en charge de façon consciente et réfléchie les droits des femmes, cela se traduira par des changements réels de leur statut dans la société.

C’est là malheureusement une hypothèse qui aura du mal à se réaliser dans un environnement en déficit démocratique : notre système électoral a la diversité en horreur, il ne reconnait ni ne favorise la pluralité. La discipline de parti l’emporte, et dans une assemblée à dominante RCD les femmes de ce parti ont, elles aussi une liberté d’expression et de choix limitée. De ce fait et faute de pluralité ces élues ne pourront pas transcender leurs différences politiques pour constituer avec d’autres des groupes parlementaires inter-partis qui agiraient pour faire avancer les droits des femmes. Envisager que des parlementaires (femmes et hommes) iraient spontanément recueillir les propositions des associations féministes concernant un projet de loi avant sa promulgation relève de l’imaginaire !

C’est à peine si les femmes militantes dans ces associations peuvent se faire entendre ! Leurs voix sont frappées d’interdit, leurs compétences ignorées. Il en résulte, découragement pour les unes, scepticisme pour les autres et faute d’écoute et de motivation, elles abandonnent ces milieux à leurs occupants « privilégiés » et désertent l’espace politique. Plus grave encore, elles boudent les partis appartenant à la mouvance démocratique ou elles ne sont pas plus représentées que dans les instances officielles. Certes, le plus souvent en raison de leurs accaparement par toutes les responsabilités familiales qui leur incombent les femmes ont tendance à s’auto-exclure elles- mêmes de la vie publique, mais elles sont aussi rebutées par l’hostilité qu’elles y rencontrent, le paternalisme de certains militants qui se sentent menacés par toute revendication avancée par les femmes, les réflexes d’autoritarisme de certains qui se comportent « en chef de famille ».
Si on ajoute à cela, l’absence de mobilisation pour leurs revendications constamment ajournées parfois même au nom de la lutte démocratique, il nous sera facile de comprendre la réticence des femmes à s’engager dans des partis politiques qui ont cette conception tronquée de la démocratie.

Pour qu’un parti cesse d’être le pré carré des hommes il ne suffit pas d’en ouvrir les portes aux femmes, encore faut-il prendre en charge le combat pour l’égalité entre les sexes avec elles.

Si aujourd’hui beaucoup de femmes ont conscience que leurs revendications, pour aboutir, ont besoin d’être portées par « le politique », celui-ci en retour doit leur envoyer des messages clairs et des propositions convaincantes.

Les réponses apportées par le pouvoir sont connues : ambivalentes et conjoncturelles, elles condamnent de plus en plus les femmes à s’accommoder de certains arrangements et à accepter « un partenariat » inégal.

L’Islam politique quant à lui, par sa rhétorique conservatrice et moralisante culpabilise les femmes pour avoir profité des acquis du CSP et pour avoir intégré dans leur vécu, des signes de modernité considérés comme « des valeurs étrangères » dangereuses pour la préservation de l’identité.

Reste que les partis se revendiquant de la « mouvance démocratique », doivent aller de l’avant en assumant davantage les valeurs égalitaires et en œuvrant à leur promotion par des actions politiques conséquentes, ce qui implique :
- Une adhésion sans réserves à la convention pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes.
- L’appel à un large débat sur l’inégalité des droits successoraux, débat qui ne doit occulter aucun argument susceptible de faire avancer les mentalités vers l’égalité et la non discrimination.
- Une tolérance zéro de la violence à l’égard des femmes, dans la famille et dans la vie publique.
- Des campagnes de sensibilisation pour impliquer les hommes dans un partage plus équitable des responsabilités familiales.


Ceci devrait être un minimum non seulement pour attirer les femmes à participer plus activement dans la vie politique, mais aussi et surtout pour aller d’un pas plus sûr et avec confiance vers la réalisation d’un projet de société démocratique et moderne.

Hedia Jrad

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