Tunisiennes d’aujourd’hui
نساء الجيل الجديد

Accueil > Français > Femmes et société civile > Alger : Chronique des années de fleurs et de ... braises

Journée de la femme en Algérie : des fleurs pour la maîtresse

Alger : Chronique des années de fleurs et de ... braises

samedi 8 mars 2008

Malik raconte ses souvenirs d’adolescent dans les années 90 à Alger, ce jour-là. Films héroïques à la télé, manifestations dans les rues, des fleurs pour les maîtresses, et....


Malik Youssef

En Algérie, il y a quelque chose avec quoi on ne badine pas, ce sont les jours de manifestations nationales. La Journée internationale de la femme en fait partie. Comme partout ailleurs, elle a lieu le 8 mars. C’est un jour férié qui s’adresse en priorité aux femmes algériennes salariées (on les appelle « nos sœurs travailleuses »). Dans mon souvenir, c’était une aubaine. Ecoliers dans les années 80, nous n’avions pas classe de toute la journée. Dans les années 90, cette journée s’est transformée en demi-journée. Nous étions alors au lycée. Mais c’était quand même une demi-journée de gagnée.

Aujourd’hui, les choses n’ont pas beaucoup changé. Les petits écoliers offrent des fleurs à leurs institutrices. Je me souviens pour ma part que c’était la maîtresse d’arabe ou de français qui les recevrait. C’était celle qui était la plus belle et la plus gentille.

Vous auriez vu dans la rue, l’après-midi, toutes ces femmes avec des bouquets de roses, on aurait dit la fête de l’Aïd. Amies, cousines et sœurs flânaient dans les rues de la capitale. On les voyait dans les boutiques ou sur les marchés. Elles allaient prendre un thé, un café, une limonade (gazouza en algérois), ou simplement déguster une glace quand le climat le permettait, assises aux tables des salons de thé. Les cafés, eux, étaient réservés aux hommes. Une journée spéciale où les mecs en profitaient pour draguer devant tout cet étalage de fleurs et de belles plantes qui s’offraient à leurs yeux. La femme au foyer, non salariée, ne profitait pas vraiment de ce jour. Pour elle, il y avait la Fête des mères.

Le gouvernement sortait le grand jeu. Plusieurs manifestations culturelles étaient organisées ici et là, à travers tout le territoire national. D’Oran à Constantine, d’Alger à Ghardaïa. Histoire de faire oublier le terrorisme ambiant. Pièces de théâtre, récitals poétiques, conférences ou séminaires avec des invités internationaux, galas de variétés avec des orchestres de renom, spectacles de danse.

Parfois, cette journée coïncidait avec une édition du Salon de la forme et de la beauté « Jouvençal » qui se tenait à l’initiative d’un sponsor au Palais de la culture. Et tout ça sous haute protection bien sûr. La télévision algérienne ne chômait pas. Des envoyés spéciaux dans tout le pays devaient rendre leurs reportages pour les JT de 13 heures et de 20 heures. Il fallait couvrir l’événement.

Pour la Journée de la femme, le gouvernement, par-dessus tout, rendait hommage tous les ans aux femmes martyres de la guerre d’Algérie. On avait droit à chaque fois à un vieux film ou à un reportage d’archives ressorti pour l’occasion, racontant la vie et l’œuvre d’une héroïne ayant combattu la France.

Pendant ce temps dans la rue, plusieurs manifestations s’organisaient contre le pouvoir, à l’initiative d’associations féministes et de partis politiques (FFS, RCD, toujours les mêmes). On pouvait assister à des marches contre le code de la famille, adopté dans les années 80 et qui soutient un système de domination masculine.

Par ailleurs, des femmes défilaient pour réclamer le retour de leurs « disparus » : maris, frères, pères, enfants, enlevés par les forces de l’ordre parce que soupçonnés d’appartenance au terrorisme islamique.

En ce temps-là, on avait beau faire la fête, la tristesse était palpable. On savait au fond de nous qu’il y a avait quelque part, dans un village ou une banlieue du pays, une femme algérienne qui se faisait égorger par des barbus fous.

Malik Youssef

P.-S.

Merci Malik Youssef et bonne continuation !

SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © Andreas Viklund sous Licence free for any purpose