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Qu’est-ce que le féminisme ?

samedi 8 mars 2008

Auteur : Marion MUSSO (1999)

Source : Encyclopédie en ligne Wikipedia

DEFINITIONS

(Le Petit Robert des noms communs)

- 1. Doctrine, mouvement qui préconise l’extension des droits, du rôle de la femme dans les sociétés

- 2. Medical. Aspect d’un individu mâle qui présente certains caractères secondaires du sexe féminin.

(Selon Le Petit Robert des noms propres) :

Le féminisme est divers dans ses théories :

- Simone de Beauvoir a soutenu, dans la perspective de l’existentialisme, qu’il n’existait pas une nature des femmes, mais que la féminité était un produit social : "On ne naît pas femme on le devient" (Le Deuxième Sexe).

- L’Américaine Betty Friedan dans "La Femme mystifiée" (1963) met en cause l’assignation à la femme de rôles subordonnés et de tâches domestiques.

- Face à cette idéologie universaliste (qui souligne l’égalité en dignité et en droits des femmes et des hommes), on trouve des courants différencialistes, qui se réclament parfois de la psychanalyse, pour lesquels il existe des qualités spécifiques aux femmes (Luce Irigaray, Speculum, 1974) ; dans ce cas le féminisme est moins une revendication d’égalité entre femme et homme qu’une affirmation des propriétés de la féminité.

HISTORIQUE

- Le féminisme a pris des formes organisées, au moins depuis la révolution de 1848. En Angleterre les "suffragettes", soutenues au départ par J. Stuart Mill, ont lutté pour l’extension du suffrage universel aux femmes (E. Pankhurst).

- Une vague plus récente du féminisme a donné naissance à des mouvements de masse, polymorphes, à partir des années 60 en Europe et en Amérique du Nord (Women’s Lib aux Etats-Unis, Mouvement de Libération des Femmes). Ses revendications ont porté sur le droit à la contraception et à l’IVG, sur l’égalité avec les hommes dans les conditions de travail. Les féministes ont dénoncé l’indulgence de la Justice quant au viol ou harcèlement sexuel, et des courants politico-philosophiques radicaux se sont développés pour dénoncer le phallocentrisme dans le cadre d’une lutte des minorités (ethniques et sexuelles).

- Littérairement et philosophiquement, le féminisme français s’est développé notamment autour des Editions des femmes, dirigées par Antoinette Fouque. S’attaquant à l’humanisme occidental, qui exclut les femmes de la parole, Benoîte et Flora Groult (Féminin pluriel, 1965), Hélène Cixous (Dedans, 1969 ; Angst, 1977), Monique Witting (Les Guérillères, 1969) ou Julia Kristeva (Des chinoises, 1974) rejoignent, par certains côtés, la philosophie de la déconstruction de Jacques Derrida.

Chronologie de quelques avancées juridiques en France :

- 1792 : une des premières théoriciennes fut Mary Wollstonecraft, A vindication of the rights of women.

- 1791 : en France, Olympe de Gouges rédigea la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne pour revendiquer des droits semblables à ceux inscrits dans la déclarations des droits de l’homme et du citoyen. Avant cela, les femmes avaient eu une part active dans la Révolution française : à partir de 1788, elles adressent des pétitions au gouvernement ; elles participèrent à la prise de la Bastille en 1789 ; en 1793, elles ont formé une société des femmes révolutionnaires et d’autres clubs de femmes, ont pris la parole dans des lieux publics ainsi que dans des cercles politiques. Pourtant, Olympe de Gouges fut guillotinée le 3 novembre 1793 pour ses écrits en faveur de Louis XVI et pour avoir voulu devenir un homme d’Etat et d’oublier les vertus propres à son sexe, donc ne pas quitter sa famille pour se mêler des affaires du gouvernement.

- Dans le Code Napoléon de 1804, les femmes furent classées dans la même catégorie que les criminels, les malades mentaux et les enfants. Elles étaient incapables légalement.

- 1876 : Hubertine Auclert fonde le premier groupe de suffragettes. Elle est la première à se qualifier de "féministe".

- 1884 : la loi Naquet rétablit le divorce.

- 1907 : France, la loi autorise les femmes mariées à disposer librement de leur salaire.

- 1908 : premières manifestations en faveur du droit de vote des femmes.

- 1909 : le port du pantalon n’est plus un délit, si la femme tient par la main un guidon de bicyclette ou un cheval !

- 1913 : loi sur le repos des femmes pendant les 4 semaines qui suivaient un accouchement.

- 1914 : premières manifestations de rue des suffragettes.

- 1917-18 : grèves de femmes et procès d’institutrices "défaitistes".

- 1919 : la Chambre des députés accorde aux femmes tous les droits politiques ; le Sénat s’y oppose.

- 1920 : la loi accroît la répression de l’avortement et interdit la propagande anticonceptionnelle.

- 1928 : instauration de l’assurance-maternité avec paiement de la moitié du salaire pendant les 12 semaines qui suivent l’accouchement.

- 1932 : début d’une campagne contre le travail féminin.

- 1936 : Léon Blum nomme trois femmes au gouvernement. Les députés adoptent pour la 3ème fois le droit de vote des femmes. Le Sénat, à l’instigation d’Edouard Herriot, enterre à nouveau le projet.

- 1938 : la réforme du Code civil de 1804.

- 1939 : le code civil accroît la répression de l’avortement et crée une prime à la première naissance. Madeleine Pelletier, la première féministe ayant plaidé pour le droit à l’avortement, est arrêtée, et meurt dans un asile, 6 mois plus tard.

- 1940 : les associations féministes décident leur dissolution.

- 1942 : l’avortement, considéré comme crime contre l’Etat, est puni de mort

NDLR : la même "peine" que celle qui est infligée au foetus.

- 1944 : l’ordonnance du 21 avril reconnaît le droit de vote et d’éligibilité des femmes. La loi Marthe Richard ordonne la fermeture des maisons closes.

- 1945 : les femmes votent pour la première fois.

- 1946 : la Constitution de la IVè République reconnaît le principe d’égalité entre hommes et femmes.

- 1947 : l’avocate Germaine Poinsot-Chapuis est la première femme ministre.

- 1965 : les régimes matrimoniaux sont réformés. La femme est associée à la gestion de la communauté. Le mari ne peut plus s’opposer à l’activité professionnelle de son épouse.

- 1967 : une loi (loi Neuwirth) autorise la contraception.

- 1971 : manifeste des "343 salopes" déclarant avoir avorté, publié dans le Nouvel Observateur. Le nombre des étudiantes égale celui des étudiants.

- 1972 : mobilisation féministe lors du procès à Bobigny d’une mineure qui a avorté clandestinement.

- 1973 : les femmes peuvent faire carrière dans l’armée. Fondation du MLAC (Mouvement de Libération de l’Avortement et de la Contraception).

- 1974 : création du secrétariat d’Etat à la condition féminine, confié à Françoise Giroud. La loi Veil étend les conditions dérogatoires autorisant l’IVG.

- 1975 : "Année de la femme" pour l’ONU. Loi sur le divorce, qui peut être pronocé par consentement mutuel ou pour rupture de vie commune. Pour la première fois, des prostituées manifestent et occupent une église de Lyon. Fondation de SOS-Femmes Alternative, pour lutter contre les violences masculines dans la famille. Obligation de mixité dans les établissements scolaires publics.

- 1977 : création du collectif Femmes contre le viol.

- 1980 : la loi considère désormais le viol comme un crime. Marguerite Yourcenar, première femme à entrer à l’Académie française.

- 1982 : remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale. Premier colloque d’études féministes à Toulouse.

- 1983 : la loi Roudy institue l’égalité professionnelle hommes-femmes. En moyenne les salaires féminins restent inférieurs de 30% aux salaires masculins. Début d’une campagne féministe dénonçant les violences sexuelles par inceste.

- 1986 : une circulaire (comme telle dépourvue de valeur légale) préconise l’emploi du féminin pour les noms de métier.

- 1989 : une campagne TV annonce que 2 millions d’hommes exercent des violences dans le cadre familial.

- 1992 : le nouveau code pénal et le code du travail répriment le harcèlement sexuel.

- 1993 : le 10 novembre, Le Monde publie le Manifeste des 577 pour une démocratie paritaire. Début de la campagne pour une loi instaurant la parité hommes/femmes dans les assamblées élues. Avec 5,5% de femmes parlementaires, la France occupe l’avant-dernier rang européen. Création du délit d’entrave à l’IVG.

- 1999 : la loi sur la parité impose aux partis politiques la candidature de 50% de femmes aux élections.

QUELQUES FAITS ET CHIFFRES (www.un.org)

- les Etats-Unis : droit d’éligibilité en 1788 ; droit de vote en 1920.

- la Nouvelle-Zélande : droit de vote en 1893

- Allemagne : droit de vote en 1918

- Irlande et le Royaume Uni : droit de vote en 1928

- la Turquie : droit de vote en 1930 ; droit d’éligibilité en 1934

- la France : droit de vote en 1944

- la Suisse : droit de vote en 1971

Monde du travail

(article de Margaret Maruani, sociologue CNRS, Les temps modernes de l’emploi féminin) :

- Place des femmes dans le monde du travail - 11,5 millions de femmes travaillent aujourd’hui en France contre 6,5 millions en 1960.

- Dans les années 60, elles représentaient 30% de la population active européenne ; en 1994, ce pourcentage s’élevait à un peu plus de 42%.

- Aujourd’hui, les femmes ne se considèrent plus comme une "armée de réserve".

- De 1945 à 1995, le nombre des Etats souverains et dotés d’un Parlement a septuplé. La proportion globale de femmes parlementaires a quadruplé et la moyenne mondiale record a été atteinte en 1998, avec 14,8% de femmes députés.

- Restent les discours récurrents sur "le retour au foyer". Suggérer l’idée que les femmes puissent se retirer silencieusement du marché de l’emploi signifie bien que leur droit en la matière est toujours contingent. Et que leur chômage serait moins grave que celui des hommes.

- Demande d’emploi - Pourtant, les femmes représentent en France 45% des actifs et 51% des demandeurs d’emploi salarié (dits chômeurs). D’après l’enquête sur l’emploi de l’INSEE de 1996, le taux de chômage global (12,1%) était respectivement de 10,4% pour les hommes et 14,2% pour les femmes. Toujours selon cette étude, le taux de chômage des moins de 25 ans est de 22% pour les hommes et de 32% pour les femmes. La distribution par catégories socio-professionelles révèle aussi de très grandes disparités : 5% pour les cadres ; 16% pour les employés ; 21% pour les ouvrières.

- Travail à temps partiel - En France, les femmes représentent près de 85% des personnes qui travaillent à temps partiel. Au sein de l’UE, ce taux varie de 76% à 90%. Le travail à temps partiel n’a été institué qu’au début des années 80 (rôle déterminant de Françoise Giroud). On le traite sur le registre de la "conciliation entre vie familiale et vie professionnelle" ; on n’en parle comme d’un mode de flexibilité rêvé. Au fil des années le travail à temps partiel serait devenu une forme de sous-emploi réservé aux femmes, lequel crée de toutes pièces un processus de paupérisation invisible. On traite en effet de la question du temps et on fait l’impasse sur celle des salaires. Par le biais du travail à temps partiel, ce sont des centaines de milliers de femmes qui travaillent pour un revenu mensuel en dessous du SMIC. Mais les données, en la matière, ne sont pas connues. Le silence des chiffres masque un phénomène social habituellement montré du doigt lorsque l’on parle des Etats-Unis : le développement d’une frange de working poors, c’est à dire de gens qui ne sont ni des chômeurs, ni des exclus, ni des assistés, mais qui travaillent sans parvenir à gagner leur vie. Or, il s’agit, dans leur grande majorité, de femmes.

BIBLIOGRAPHIE :

- Dossiers & Documents, Hommes/Femmes : la marche vers l’égalité, Le Monde, fév. 2000.

- Manière de voir 44, Femmes, le mauvais genre ?, Le Monde diplomatique, mars-avril 1999.

- Vallet Odon, Déesses ou servantes de Dieu ? Femmes et religions, Découverte Gallimard, 1994.

- Margaret Maruani et Chantal Nicole, Au labeur des dames, Syros, Paris, 1989

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