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Les féministes et les réserves sur les conventions internationales

jeudi 20 mars 2008

Les droits des femmes ont toujours été un sujet de divergence par excellence au sein des sociétés des pays arabo-musulmans. Ces derniers ne se sont mis d’accord que sur une seule chose : priver les femmes de leur droit à l’égalité et à l’exercice de leur citoyenneté et ce, au nom de la Chariaa, refusant ainsi de faire la rupture entre droit positif et religion.


En effet, nous assistons à un fossé entre les discours officiels vantant l’émancipation des femmes et une réalité d’infériorité.
Faut-il encore 14 siècles pour que les femmes arabes deviennent citoyennes à part entières ?

Faut –il rappeler aussi que la question n’est pas uniquement une question juridique, l’aspect juridique étant essentiel par ailleurs, mais c’est aussi une question sociale, c’est-à-dire de changement des mentalités en adoptant les valeurs de la démocratie, de la modernité et des droits de l homme.

Comme le changement à ce niveau n’est pas aisé, l’action militante reste primordiale et déterminante.

De nos jours, les féministes sont appelées à se souder et à multiplier les efforts pour faire face à un intégrisme qui s’internationalise, la société civile et les démocrates doivent assumer leurs responsabilités face au mouvement intégriste et face à l’archaïsme de nos États et de nos sociétés.

Il faut aussi montrer les limites de cette politique : Le régime tunisien n’est pas prêt à accorder l’égalité totale entre les sexes sous prétexte que cette revendication émane d’une minorité de femmes féministes. Il n’est donc pas question de s’attaquer frontalement à l’inégalité dans l’héritage. Cela démontre que le pouvoir politique n’est pas disposé à franchir le pas vers l’égalité après cinquante ans d’application du code de Statut Personnel (CSP).

Les féministes tunisiennes sont très critiques vis-à-vis du « féminisme » d’un État qui encourage le conformisme, en contradiction avec le discours officiel.
Face à cette contradiction, le mouvement féministe depuis sa naissance a soulevé un débat de fond sur des sujets jusque-là tabous tels que : la laïcité, l’égalité dans l’héritage…

L’exigence de la laïcité (séparation entre le politique et le religieux) s’impose en tant que seul garant des droits des femmes face à l’ambiguïté de l’État et face à l’hypocrisie des intégristes.

Par ailleurs, les féministes tunisiennes s’accordent pour demander la levée de toutes les réserves émises par l’État tunisien sur « la Convention pour l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes ». Elles demandent que la Convention soit appliquée dans sa totalité par les autorités compétentes et dotée d’une valeur juridique supérieure aux lois internes, afin d’avoir une politique cohérente vis-à-vis de la question femme .
Cette revendication a été mise en exergue dès le premier numéro de NISSA (journal indépendant féministe) : avec le fameux article « Réserves sur les réserves ». Elle positionne les féministes contre l’État théocratique, que les intégristes veulent instaurer mais aussi contre le pouvoir qui instrumentalise les droits des femmes.

Vue son importance, cette revendication est devenue l’un des principaux axes de lutte de l’ATFD (Association Tunisienne Des Femmes Démocrates) qui s’est traduit par une série d’actions visant à expliquer et à analyser le blocage dans lequel ont été enfermées les femmes par le maintien des réserves : la question des réserves reste essentielle et d’actualité :

- dès 1988 un colloque a été organisé par le CERP, dont les travaux ont été publiés en 1989.

- une campagne pour la levée des réserves est toujours une revendication principale de l’ATFD

- à l’occasion de la commémoration de la première décennie de la convention de Copenhague, les participantes ont exigé la levée de toutes les réserves et l’adaptation de la législation tunisienne à l’esprit de la convention.

- à l’occasion du 10 décembre 2006, en partenariat avec la Ligue tunisienne des droits de l’Homme et L’AFTURD et avec le soutien de la FIDH, l’ATFD a participé à l’organisation et au lancement de la campagne arabe pour la levée des réserves.

Toutes ces revendications accompagneront notre lutte au quotidien pour l’égalité en droits entre hommes et femmes en tant que pilier principal de la modernité et des droits humains.

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