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La question féminine et le Mouvement Ettajdid

samedi 5 avril 2008

Sans doute mieux que les questions économiques, sociales ou diplomatiques, la question féminine a le mérite de « dévoiler » les différents positionnements des diverses familles politiques en Tunisie quant à leur projet de société. Autour d’elle se cristallisent, en effet, et de manière concrète, les divergences les plus nettes. Car elle agit en quelque sorte comme un révélateur qui oblige à se démasquer. Bref, elle représente le véritable test de tout discours sur la modernité et le progrès. Or, il est clair que, sur la scène politique aujourd’hui, il y a trois différentes approches de la question du statut de la femme et de ses droits.

Baccar Gherib


La première approche est celle du pouvoir en place qui est en train de gérer avec plus ou moins de bonheur l’héritage moderniste bourguibien par rapport auquel il semble en retrait. Car, au delà de certaines mesures périodiques, présentées comme révolutionnaires et renforçant les acquis de la femme tunisienne, il est clair que, chez les héritiers du néo-destour, le souffle moderniste est à la peine.

On en veut pour preuve que le slogan trompeur de la propagande officielle à ce niveau est « de l’égalité au partenariat », comme si l’égalité des droits avait déjà été réalisée et qu’on pouvait dès lors se consacrer à autre chose. C’est sans doute le signe de la difficulté d’affronter la question de l’égalité totale des droits. De même, le discours moderniste du pouvoir a perdu beaucoup de sa crédibilité depuis l’invitation faite aux femmes désireuses de se voiler par le ministre des affaires religieuses et de hauts responsables du RCD à porter le sefsari et autres mélias. C’est là une concession idéologique de taille faite aux milieux les plus conservateurs, car cet appel à se couvrir la tête véhicule implicitement la conception inquiétante selon laquelle une bonne musulmane est une femme voilée.

Mais la responsabilité la plus lourde du pouvoir, à cet égard, est sans doute indirecte. Car, en entretenant une politique médiatique anachronique, il a poussé la population dans les bras de certains médias du golfe et, ce faisant, a participé insensiblement à gommer une spécificité tunisienne que ses prédécesseurs se sont efforcés de façonner dès l’indépendance. La démultiplication des femmes voilées est, dans une certaine mesure, le signe de cette « golfisation » en marche de la société tunisienne.

La deuxième approche est celle du mouvement du 18 octobre qui a présenté le 8 Mars 2007 un texte assez ambigu sur les droits de la femme. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les éléments progressistes semblent pris au piège d’une alliance où les objectifs stratégiques risquent d’être sacrifiés sur l’autel de considérations tactiques. Car, comme le montre le texte susmentionné, l’effort consenti par ces alliés pour se retrouver sur une plateforme commune à propos de cette question ne peut que produire des reculs ou, plus exactement, un nivellement par le bas. Pire encore, cette alliance, à travers la littérature qu’elle produit, contribue à brouiller le discours sur la modernité et sur la citoyenneté.

Reste la troisième approche, celle de la troisième voie justement ! Héritière des 150 et de la Mubadra, celle qui se bat en vue de dépasser cette modernité tronquée dans laquelle se complaisent, chacune à sa manière, les deux premières approches.

Les composantes de cette mouvance, et notamment, le mouvement Ettajdid, doivent continuer à défendre de manière conséquente les acquis menacés tout en luttant en vue de les étendre. Elles doivent aussi avoir le courage de défendre leurs convictions. Même si peut-être, certains parmi nous seraient tentés, par pragmatisme, de ne pas aborder les sujets qui fâchent. Dès lors, nous devons lutter clairement pour l’égalité totale des droits entre hommes et femmes – y compris dans le domaine de l’héritage. Pour cela, il ne faut pas hésiter à livrer la bataille idéologique.

De ce point de vue, la Commission Femmes–Egalité, qui s’est récemment constituée autour de femmes de notre mouvement et de militantes indépendantes, devrait jouer un rôle fondamental. Elle est appelée à tisser des liens avec les associations féministes, qui font un travail formidable sur le terrain et au niveau de la société civile, en vue de créer des synergies et d’assurer un relais nécessaire au niveau politique. Mais peut-être faut-il aussi que les femmes (et pas uniquement les femmes) surmontent une certaine réticence vis-à-vis de l’engagement politique et qu’elles soient plus nombreuses à investir les partis avec lesquels elles partagent une certaine vision de la société.

Baccar Gherib

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