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Des acquis, mais une nécessaire vigilance !

samedi 5 avril 2008

La journée mondiale de la femme sera célébrée comme tous les ans le 8 mars, étant précisé que la femme tunisienne est également à l’honneur le 13 août de chaque année, jour de la fête nationale.

A l’occasion de cette fête, la communauté internationale se penche sur les droits des femmes et sur sa place au sein de la société.

Sofia F.


En Tunisie, la femme a toujours eu une place prépondérante à travers l’histoire. Il suffit de citer Didon, rieine de Carthage, Sophonisbe ou encore, à une autre époque, Kahena et tant d’autres.

Ainsi, et au fil de l’histoire, la femme a su marquer son chemin, chemin qui fut croisé par certains hommes qui, comme Abdelaziz Thaalbi ou encore Tahar Haddad, au début du 20ème siècle, furent fortement critiqués, parce qu’ils prônèrent l’émancipation de la femme. Ils participèrent, ce faisant, peut-être sans le savoir, à poser les racines du futur statut de la femme tunisienne.

Au lendemain de l’Indépendance, le Président Bourguiba, précurseur de l’émancipation de la femme, bouscule les normes, œuvre pour la modernisation du pays et donne à la femme un statut exceptionnel qui a été considéré pour l’époque comme révolutionnaire et unique dans le monde arabe et musulman.
Le Code du Statut personnel promulgué le 13 août 1956 consacre une certaine liberté à la femme et lui permet de s’émanciper.

Ainsi, ce Code abolit la polygamie. Il met fin à la répudiation en instituant une procédure de divorce judiciaire. Il institue le principe du consentement des deux époux comme règle de validité du mariage, le mariage civil étant instauré un an après, soit en 1957. Par ailleurs, il instaure un âge minimum obligatoire au mariage limité d’abord à 18 ans pour l’homme et à 15 ans pour la femme, âge majoré de deux ans pour les deux conjoints par un Décret de 1964 puis porté à 18 ans pour les jeunes des deux sexes en vertu d’une Loi datée du 14 mai 2007.

Au fil des années, le Code a été amendé, accordant davantage de droits à la femme.
Ainsi, en 1966, la notion de l’intérêt de l’enfant est reconnue en cas de divorce. De plus, en 1981, la mère devient tutrice légale de ses enfants en cas de décès du père.
Après le Changement, le Président Ben Ali réforme le Code notamment par la Loi du 12 juillet 1993 où les prérogatives du mari sont supprimées pour laisser place à la participation des deux époux dans la gestion du foyer et dans les affaires des enfants, les conjoints étant tenus à un respect mutuel.

Outre ce Code qui a été révolutionnaire en son temps et qui a connu au fil des années des amendements, renforçant les acquis de la femme tunisienne, dès 1963, l’avortement a été autorisé pour la femme qui avait plus de 5 enfants, cette mesure ayant été généralisée en 1973 alors que de l’autre côté de la Méditerranée, et notamment en France, la femme a du attendre 1975 pour voir, après une longue bataille, la loi sur l’avortement promulguée.

Outre le Code du Statut Personnel, d’autres Codes ont été amendés tel que le Code de la Nationalité permettant à la femme tunisienne, mariée à un étranger, de donner sa nationalité à ses enfants, sous réserve du consentement du père. Le Code Pénal a renforcé les sanctions encourues, en cas de violence conjugale, en considérant les liens matrimoniaux comme des circonstances aggravantes. De même, le Code du Travail a reconnu le principe de la non discrimination entre l’homme et la femme dans le travail.

Ces acquis doivent être soulignés. Toutefois, un domaine reste encore loin du principe d’égalité entre l’homme et la femme, principe garanti par les textes constitutionnels mais qui n’est nullement reconnu dans le domaine de l’héritage. L’homme bénéficie de deux parts alors que la femme n’a qu’une part ce qui reste une grave imperfection qui n’est pas prête d’être corrigée.

Par ailleurs et bien que la Loi soit muette quant au mariage entre une tunisienne et un non musulman, une circulaire de 1973 interdit le mariage entre une musulmane et un non musulman et juge nuls les mariages mixtes où le conjoint ne s’est pas converti à l’Islam.

Grâce à cet arsenal juridique et à ce statut, la femme tunisienne fait également partie de la vie politique où elle occupe des postes de ministre ou de secrétaires d’Etat, comme elle a accès à la Chambre des Députés ou à la Chambre des Conseillers, sans oublier sa présence dans les conseils municipaux.

Dans le domaine économique, la femme tunisienne est très présente et participe au développement de notre pays jouant un rôle actif : indiquons qu’elles représentent 72% du corps des pharmaciens, 42% du corps médical, 40% des universitaires, 31% du corps des avocats et 22% de celui de la magistrature, sans compter le nombre de femmes chefs d’entreprises.

Un demi siècle est passé et aujourd’hui, que pouvons nous dire de ces acquis ?
Notre mentalité a-t-elle suivi ce mouvement progressiste ?
Le statut de la femme, qui en son temps fut révolutionnaire et profondément libéral, n’est-il pas au 21ème siècle menacé, par un retour vers un esprit et des attitudes rétrogrades.

Ces acquis ne sont-ils pas fragiles, notamment depuis quelques années où le port du voile se multiplie, tenue qui ne fait nullement partie de la tradition tunisienne et qui démontre un certain recul et peut inquiéter certaines femmes tunisiennes qui fort heureusement seront là pour rappeler le passé et protéger le futur …

S. F.

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