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La Femme et l’environnement

samedi 5 avril 2008

Chronique de la nature et du quotidien

Sans les femmes, sans le travail des femmes, que l’année soit sèche ou pluvieuse, nous serions dans un état de disette permanent, voire de famine. Sans les femmes, sans leur travail harassant et sous-payé, dans les usines sous douane de la fameuse loi 72-38 du 27 avril 1972, remplacée en 1993 par le Code unique de l’investissement, point d’industrie textile, point d’exportation, point de croissance. Sans les femmes, institutrices ou professeures, beaucoup d’écoles et de collèges fermeraient leurs portes…


Il suffit de sortir de Tunis, de prendre n’importe quelle route, secondaire ou principale, allant vers le nord, l’ouest ou le sud, et de regarder autour de vous. Vous les verrez à coup sûr, courbées vers le sol, comme dans un tableau de Millet, en train de ramasser les olives, de vendanger, de gratter la terre, de biner, d’arracher la mauvaise herbe. Vous les verrez, ces milliers de femmes, travailler par tous les temps, discrètes, résignées et exploitées comme du temps des latifundia ! Quel que soit l’effort fourni, une femme gagne à peu près les trois quarts de ce que gagne un homme. Si l’ouvrier agricole a 7 dinars par jour, l’ouvrière, elle, n’en a que 5 dinars 500. Je sais, c’est ridiculement bas, pour l’une comme pour l’autre, mais ceci est une autre affaire. Le salaire peut changer selon les régions, selon la nature du produit agricole, mais l’écart homme/femme est toujours le même, immuable, éternel.

Et cette femme, que vous voyez peiner dans les champs, vous pouvez êtres sûrs qu’avant de venir travailler, elle s’est réveillée aux aurores pour traire le lait, parfois même aller à la source puiser l’eau de la journée, puis ramasser le bois mort pour allumer son four en argile, sa tabouna, pétrir son pain et le cuire. Je sais, ça fait cliché, mais c’est tellement vrai. Vous les avez certainement déjà vues croulant sous d’énormes fagots. Ces ombres qui passent sur le bas-côté ont d’ailleurs quelque chose d’emblématique : c’est un peu comme si elles soulevaient à bras le corps, de toutes leurs forces, l’économie du pays.

Et puis même dans les villes, elles sont apparues, ces petites mains laborieuses qui désherbent nos trottoirs, qui déchargent nos poubelles, qui nettoient nos rues. Certaines très jeunes, avec
une casquette baseball d’où jaillit une queue-de-cheval. Vous croyez qu’elles sont des employées permanentes de la municipalité dont elles portent le nom sur leur uniforme, ou tout au moins contractuelles ? Pas du tout ! C’est des ouvrières journalières ! La souris de ville n’est pas mieux lotie que la souris des champs. Toujours le même sex ratio, toujours la même portion de fromage en plus pour le rat de ville. Toujours la même misère, avec en prime les dangers de la cité, des souricières à chaque coin de rue, et un gros matou sous chaque gouttière !

Ces femmes qui luttent au quotidien pour que nos villes soient propres ; ces femmes qui se battent pour un environnement meilleur, au sens le plus concret du terme ; ces femmes, véritables mères nourricières, qui arrachent à une terre souvent ingrate la graine qui va nous nourrir ; ces femmes, anonymes, courageuses, combattantes ; ces femmes, ignorées de tous, exploitées par tous ; ces femmes qui instruisent, qui éduquent, qui façonnent ; ces femmes méritent plus de considération, plus de respect et plus de reconnaissance. Elles méritent beaucoup plus qu’un 8-mars et qu’un 13-août par an.

Zinelabidine Benaïssa

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