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Du spécifique à l’universel : Un seul statut pour les femmes : L’égalité

samedi 12 juillet 2008

Monia El Abed

Avocate

Dans son article paru dans Attariq Aljadid (n85et 86) et intitulé « La lutte pour l’égalité des sexes en Europe et dans les pays arabes :des contextes différents », Christophe Courtin pose une question pertinente. Celle de savoir s’il est possible de concilier la question de l’égalité hommes-femmes par rapport au référentiel religieux dans les pays musulmans. Ou encore la problématique qui se dégage de la relation entre l’universalité des droits des femmes et la spécificité culturelle – celle-ci représentant un obstacle et un défi à surmonter pour réaliser l’égalité entre les sexes – et bien d’autres polémiques encore autour du contexte socioculturel et des revendications d’un statut de citoyenneté pour les femmes. Ces dilemmes nous interpellent et nous somment de nous positionner dans le débat qui concerne l’identité féministe.


Partant du principe qu’au-delà des spécificités culturelles et du rôle des femmes dans les sociétés arabo-musulmanes, une évidence secoue notre conscience humaine. L’interdiction de toute discrimination ou de toute exclusion fondée sur le sexe, la race, la couleur, l’origine ethnique ou religieuse constitue la pierre angulaire de tout développement démocratique. En aucun cas l’égalité des sexes ne doit faire l’objet de compromis ou de concessions. L’hésitation n’est pas permise.

Les valeurs égalitaires ne sont plus une question de choix. Elles relèvent, au contraire, d’une question de principe. L’idée même de relativiser les droits universels correspond à un échec et à un repli que les femmes ne doivent pas tolérer. Vigilance et prudence s’imposent aussi bien dans les pays musulmans qu’en Occident, à cause notamment du recours à la chariaa islamique par certains tribunaux européens.

La reconnaissance des droits fondamentaux des femmes en tant que « partie inaliénable, intégrante et indivisible » de tous les droits de la personne humaine, se trouve sacrifiée, et malmenée au nom du respect des valeurs religieuses. On assiste, de ce fait, sur la scène internationale, à un renforcement du religieux sous couvert de politique.
Déjà à Pékin en 1995, lors de la quatrième conférence internationale sur les femmes, on a assisté à une vague réactionnaire hostile aux droits des femmes, idéologiquement liée aux deux religions monothéistes que sont l’islam et le catholicisme. Deux religions, mais un seul statut pour les femmes : celui de second rang.

Et c’est parce que la philosophie des droits de la personne humaine marque la rupture avec le discours conservateur et discriminatoire à l’égard des femmes qu’il n’est pas seulement souhaitable mais plutôt impératif de s’inscrire dans une approche moderniste qui prône l’universalité des droits humains. Certes nos sociétés sont traversées par une ferveur religieuse où la question des droits des femmes a été mise en avant non pas en termes d’égalité des sexes mais dans un dessein de récupération et de contrôle, parfois même dans un esprit de manipulation. Il nous appartient alors d’ouvrir des perspectives qui couvrent des dimensions nationales et internationales, d’escamoter des barrières statiques et de dépasser les fonctions traditionnelles qui confinent les femmes dans des postures subalternes.

La question de l’égalité est une question politique qui touche tous les domaines. Reléguer au second plan la question des droits des femmes, c’est freiner le processus démocratique. Puisque tout mouvement de démocratisation nécessite inéluctablement la participation et l’implication des femmes en tant qu’acteur social pour la construction d’une société égalitaire qui inscrit le respect du droit à la citoyenneté pour tous et pour toutes au sommet de ses priorités. La citoyenneté ne se mesure pas en fonction des droits et des devoirs des uns et des autres dans l’espace public. C’est un concept aux dimensions infiniment plus larges qui s’adapte aux exigences de l’émancipation des femmes et où la séparation du privé et du public perd de sa rigidité. Car la citoyenneté implique, d’abord, des droits et des devoirs dûment partagés au sein de la famille pour se prolonger à l’intérieur de la cité.

C’est alors que naît le besoin de la séparation du civil et du religieux, comme prélude à la séparation du politique et du religieux dans les sociétés arabes. Faute de quoi, l’égalité des sexes devient tributaire des rapports de force et se trouve menacée par la conjoncture politico-religieuse, reproductrice d’un système de valeurs nourri de stéréotypes et de préjugés sociaux largement en défaveur des femmes, car puisant sa jurisprudence dans la chariaa. Toute tentative de réforme du statut des femmes qui ne tient pas compte de ce besoin est vouée à l’échec. Elle ne sera, dans le meilleur des cas, qu’un coup d’épée dans l’eau.

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