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Afrique du Sud : des victoires incomplètes

mercredi 20 février 2008

Shireen Hassim, enseignante en sciences politiques à l’Université du Witwatersrand ; membre du groupe « Dimension sexuelle et élections » coordonné par l’Institut électoral d’Afrique du Sud, elle fait aussi partie du conseil consultatif
womensnet


A l’issue des deuxièmes élections démocratiques d’Afrique du Sud, en juin 1999, le président nouvellement élu, Thabo Mbeki, a nommé huit femmes à des postes ministériels, soit deux fois plus que dans le précédent gouvernement. Sur un continent où les femmes ne sont que trop souvent considérées comme des citoyens de second rang, le pays affiche des résultats significatifs : il occupe le septième rang mondial en termes de représentation féminine au Parlement (25%) ; la Constitution sud-africaine et le gouvernement ANC (Congrès national africain) ont fait de l’égalité des sexes une des valeurs clés de leur politique.

Outre le soutien moral de responsables politiques comme l’ancien président Nelson Mandela ou son compagnon de lutte Oliver Tambo (décédé en 1993), les femmes doivent leurs progrès à un engagement de l’ANC qui a pris forme bien avant sa victoire électorale en 1994. Dès l’annonce de la transition vers la démocratie, au début des années 90, l’accent a été mis sur les problèmes de représentation.

En 1991, des militantes de l’ANC ont exigé un quota de sièges au comité exécutif national. Elles ne l’ont pas obtenu. Toutefois, en 1994, l’ANC a été le seul parti à fixer un quota de 30% de femmes sur ses listes électorales. Puis, lorsque l’ANC a ébauché son programme de reconstruction et de développement, épine dorsale de son manifeste électoral, des groupes de femmes ont exercé de fortes pressions pour qu’il tienne compte de leurs préoccupations en matière d’emploi, de santé et de propriété foncière.

Ces revendications ont été soutenues par un puissant mouvement populaire, afin que l’Afrique du Sud devienne une démocratie non raciale, mais aussi non sexiste. En 1992, des femmes de tous les milieux ont créé un mouvement, la Coalition nationale, afin que la parité figure à l’agenda de tous les partis et pour encourager les femmes à voter.

- Procédure accélérée

Au sein du gouvernement, les femmes ont exercé leur influence lors de la rédaction de la Constitution, adoptée en 1996. Leur tâche n’a pas toujours été aisée. Lorsqu’elles ont exigé une clause sur l’égalité, les femmes se sont heurtées à l’opposition de plusieurs dirigeants traditionalistes, dont certains membres de l’ANC. Leurs détracteurs estimaient que cette revendication n’était pas compatible avec la préservation des coutumes et traditions.
Les fortes pressions politiques exercées par des députées comme Mavivi Manzini, Baleka Mbete ou Thenjiwe Mtintso ont eu raison des opposants. C’est aussi grâce à elles qu’ont été incluses des dispositions sur les droits socio-économiques et sur les droits relatifs à la procréation.

La plupart des femmes entrées au Parlement en 1994 avaient à cœur de faire avancer la cause des Sud-Africaines, ce qui a inévitablement provoqué des tensions lorsque leurs positions différaient de celles de leur parti. Différentes voies leur ont cependant permis de se sortir de ce conflit. La commission mixte sur l’amélioration de la qualité de vie et le statut des femmes s’est révélée la structure la plus adéquate pour promouvoir les droits des femmes.

Réunissant des femmes sans distinction d’appartenance politique, cette commission parlementaire, en contact permanent avec des organisations féminines, a joué un rôle essentiel en soumettant des projets de lois selon une procédure accélérée. Sans cette commission, il est plus que probable que plusieurs textes sur les droits des femmes n’auraient pas été votés. Parmi eux figurent notamment la loi sur l’interruption de grossesse, qui élargit et améliore considérablement les conditions dans lesquelles les femmes peuvent avoir recours à l’avortement ; la loi de 1998 sur les pensions alimentaires, qui améliore le droit des mères vis-à-vis de leur ancien partenaire ; une loi garantissant aux femmes enceintes et aux enfants de moins de six ans un accès gratuit aux services de santé ; et la loi de 1998 sur les violences domestiques.

Ces avancées sont louables. Mais, en dépit de leur nombre significatif, les femmes membres du gouvernement n’ont pu s’opposer aux réductions des dépenses des services sociaux ou à l’augmentation des dépenses d’armement, bien que le poste d’adjoint du ministre soit occupé par une femme. De même, la ministre de la Santé, Manto Tshabalala, militante de longue date pour l’égalité des sexes, n’a pas soutenu les organisations féminines réclamant que l’AZT, traitement administré aux séropositifs, soit délivré gratuitement aux femmes enceintes ou aux victimes de viols1. Le gouvernement estime qu’une telle politique dépasserait ses capacités budgétaires, position combattue par les femmes membres de l’ANC et, d’ailleurs, par l’opposition.

- Occuper des postes haut placés dans les partis

Au cours de la campagne électorale de 1999, aucun parti n’a remis en cause le principe d’une forte représentation politique des femmes. L’accent a été mis sur des problèmes comme la violence à l’encontre des femmes, le chômage, le logement ou la santé. La radio et la télévision nationales ont alloué des temps d’antenne aux différents partis en lice pour qu’ils exposent leur point de vue.
Les militantes soulignent qu’en dépit de leur engagement formel en faveur de l’égalité des sexes, les partis politiques restent flous sur les principaux sujets à dimension sexuelle. Ainsi, aucun parti n’a de programme précis en matière de violence à l’encontre des femmes, alors que l’Afrique du Sud est un des pays au monde où sont commis le plus de viols.

Cette dernière campagne électorale a démontré la nécessité pour les femmes de renforcer leur organisation et d’occuper des postes haut placés dans les partis. Les femmes députées disposeront alors du poids politique pour faire adopter des textes et obtenir la garantie que des mécanismes existent au sein des partis pour les obliger à rendre des comptes sur les avancées réalisées.
Pour Joyce Piliso-Seroke, présidente de la Commission sur l’égalité des sexes, beaucoup reste à faire. Le gouvernement « parle beaucoup d’égalité des sexes sans l’appliquer, souligne-t-elle. Les lois sur les violences domestiques ou les pensions alimentaires ne seront que des mots, tant qu’il n’existera pas d’infrastructures pour garantir leurs applications ».

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