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Souhayr Belhassen

Souhayr Belhassen, militante tunisienne à la tête de la Fédération Internationnale des Droits de l’Homme

dimanche 3 août 2008

Souhayr Belhassen est une militante tunisienne active de longue date. Les médias tunisiens, comme toujours, laisse dans l’ombre nos plus valeureux militants et militantes, dans l’espoir sans doute - consciemment ou inconsciemment peut importe - de les couper de la jeunesse montante. Tout se passe comme si le militantisme, l’amour du pays, de l’émancipation et du progrès, doit s’ arrêter après l’indépendance du pays et la mise sur orbite du nouvel état tunisien. Mais les idées c’est comme l’air et l’éducation des jeunes par leurs ainés et par eux mêmes trouvera toujours son chemin.

Pour télécharger une courte biographie de Souhayr, cliquer ici Biographie

Ci dessous son discours après son élection à la tête de FIDH


Discours de Souhyar Belhassen

Je suis émue, je suis fière, et pourquoi ne pas le dire, heureuse de la confiance que vous me témoignez. Cet honneur que vous m’accordez, je le reçois avec l’humilité qu’implique la conscience des responsabilités auxquelles je devrai faire face. Je mesure l’étendue de mes devoirs à votre égard, vous qui m’avez accordé votre soutien, mais aussi à l’égard des victimes de la répression, de la torture, de la misère, de l’exclusion.

Les tâches qui me sont confiées exigent, je le sais, un engagement sans réserve. Je m’engage avec enthousiasme à faire que notre action soit toujours inscrite dans l’universel et dépasse les frontières de race, de religion et de sexe. Je voudrais d’abord remercier Luis Guillermo d’avoir participé avec moi à ces élections pour la présidence de la FIDH, sans se départir de l’esprit d’amitié et de respect qui a toujours régi nos rapports. Je saisis l’occasion qui m’est offerte aujourd’hui pour exprimer ma sympathie à l’ensemble de l’équipe avec laquelle j’ai eu l’honneur d’élaborer un travail fècond . Je voudrais aussi remercier ici Civitas, et particulièrement son président Joao Correia, d’avoir permis à Lisbonne le déroulement de ce grand moment dans les meilleures conditions pour que, de nouveau, nos élus, qui viennent de partout puissent avec moi réaliser nos ambitions communes.

Un signal fort pour le monde arabo-musulman

Femme du monde arabo-musulman, où la culture et les traditions musèlent les femmes et freinent leur émancipation, je vis aujourd’hui mon élection comme l’aboutissement d’un parcours et comme une reconnaissance, car la présence d’une femme arabe à la présidence de la FIDH revêt une importance capitale. Mon élection dépasse ma personne et constitue un signal fort à l’adresse des femmes et des hommes de cette région, qui ont besoin de votre soutien afin d’avancer dans leur combat pour la jouissance de leur droit à liberté, à l’égalité, à la justice. Mon élection est la preuve matérielle qu’une autre vision des femmes dans la vie publique est en train de devenir réalité. Personnellement, j’orienterai mes efforts vers la réalisation de cet objectif.

Cette région qui compte 300 millions de personnes n’a jamais connu, excepté récemment la Mauritanie et la Palestine, d’alternance démocratique. La vague porteuse d’espoir pour la démocratie et les droits humains qu’inauguraient la chute du mur de Berlin, la disparition de l’URSS et les avancées notables de la démocratie dans presque toutes les régions du monde est venue mourir sur les côtes arabes, étouffée par les Etats producteurs de violence et d’arbitraire et par la volonté de régimes despotiques d’accaparer tout le pouvoir et les richesses de leur pays. Les défenseurs des droits humains y mènent un travail de Sisyphe pour introduire la notion de droit élémentaire de l’être humain dont, au premier chef, le droit à la vie.

En m’élisant, vous avez également fait honneur à la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme, la plus ancienne du monde arabe et africain, qui fête ses trente ans le 7 mai prochain. C’est grâce à l’action de la LTDH, celle d’une longue chaîne d’hommes et de femmes, que se poursuit aujourd’hui, dans un pays où sévissent l’injustice et l’abus de pouvoir, la lutte pour la défense des droits humains.

En élisant une femme pour présider aux destinées de notre prestigieuse organisation, la FIDH a signifié surtout une véritable avancée dans son histoire. Ce nouvel essor, nous le devons, en grande partie, à la volonté d’un homme, celle de notre cher Président Sidiki Kaba. Il y a trois ans, à Quito, cet homme d’honneur et de conviction nous avait promis à tous de donner à la question « femmes », au sein de la FIDH, la place qu’elle devait avoir. Il a tenu sa promesse. Je voudrais lui rendre aujourd’hui à un hommage enthousiaste. En mon nom personnel et en votre nom à tous, je le remercie pour le travail remarquable qu’il a accompli pendant ses deux mandats à la tête de la FIDH, grâce à son engagement, à sa rigueur, à sa détermination, son désintéressement et sa disponibilité. Au service de notre cause, il s’est dépensé sans compter. Demandons-lui de rester avec nous et si vous êtes d’accord, élisons-le président d’honneur par acclamations.

Les migrations : un fait majeur de notre temps

Si l’égalité des sexes constitue une des priorités de notre action, un autre objectif essentiel sera la défense des migrants, qui a été le thème de notre forum. Nous savons d’expérience à la FIDH que lorsqu’un thème est l’objet d’un aussi large débat de la part de nos ligues, il s’impose comme une priorité pour l’action. Les migrations et les violations des droits humains qui les accompagnent sont en effet devenues un fait majeur de notre temps.

L’histoire du monde repose sur le mouvement des peuples et des civilisations. Les migrations ont fabriqué les sociétés, contribué à l’interpénétration des cultures, créé les métissages féconds qui caractérisent les sociétés d’hier et d’aujourd’hui. Mais, aujourd’hui la réclusion identitaire et les écarts économiques qu’accentue la mondialisation, modifient la perception des phénomènes migratoires. Les migrants sont désormais considérés comme une menace à l’ordre et non plus comme une richesse.

De même que les pays prospères, les pays pauvres voisins de pays en conflit doivent affronter l’afflux de populations fuyant les violences de la guerre. Ces migrations dites volontaires et ces migrations forcées concernent aujourd’hui des dizaines de millions d’hommes et de femmes dont une immense majorité ne jouit d’aucune protection. Le rôle de la FIDH est de contribuer à protéger ces migrants en leur rendant les droits et la dignité dont ils sont privés.

Ce doit être un de nos objectifs majeurs dans les trois prochaines années. Et si nous voulons imposer notre voix dans le débat, nous devons énoncer clairement nos principes : les migrants, disons-le haut et fort, ne sont pas une sous-humanité. Ce sont des personnes qui ont des droits universels, y compris des droits indérogeables, parmi lesquels, le droit à l’intégrité physique, le droit à un recours effectif, le droit au respect de la vie privée. Nous devons poursuivre notre travail d’enquête sur les violations des droits des migrants à toutes les étapes de leur trajet vers les pays du Nord comme du Sud, et lors de leurs trop fréquents refoulements. Nous devons, pour ce faire, mener une vigoureuse campagne pour la ratification de la Convention internationale sur les travailleurs migrants et leurs familles. Signalons qu’aucun pays du Nord ne l’a jusqu’ici ratifiée. Je lance ici un appel solennel au Portugal, pays de « la révolution des œillets », pays d’émigration et d’immigration afin qu’il soit le premier Etat de cette région à le faire. Le respect du droit d’asile doit également être réaffirmé haut et fort.

Les processus de réformes démocratiques

Si je fais de l’égalité des sexes et de la défense des droits des migrants des priorités, c’est parce qu’elles doivent s’inscrire dans les processus des réformes démocratiques qu’il faut encourager partout dans le monde. Dans chaque pays, les sociétés civiles s’attèlent à élaborer des alternatives qui répondent aux aspirations citoyennes des gens, c’est-à-dire à la liberté de circuler, de s’exprimer, d’accéder au suffrage universel libre, de pratiquer ou pas une religion, en un mot de staisfaire toutes les aspirations au respect des normes élémentaires des droits humains. S’il est légitime que chaque peuple construise sa propre voie vers la démocratie, celle-ci ne peut se faire que sur la base des principes énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme. La FIDH continuera de se battre pour le respect de la diversité culturelle, mais se battra aussi avec force et détermination pour que le respect de cette diversité ne serve, sous aucun prétexte, au déni de l’universalité, des valeurs et normes sur lesquelles reposent les droits humains.

Notre combat vise à défendre les droits des peuples et des individus, Dans ces domaines, la FIDH a acquis une expertise unanimement reconnue grâce à l’apport de ses ligues et au travail effectué avec d’autres organisations à vocation spécifique. Le rapport annuel de l’Observatoire est là pour nous rappeler l’action menée dans le domaine de la défense des défenseurs, qu’il nous faut évidemment poursuivre. Dance cadre, la FIDH développera sa campagne pour la ratification de la Convention onusienne contre les disparitions forcées. Pour mener à bien nos actions, nous travaillerons toujours plus vigoureusement pour la justiciabilité des crimes que commettent ou encouragent les grands et petits pays. Le caractère impératif de la lutte contre le terrorisme ne peut d’autre part justifier que les Etats s’affranchissent du respect des droits fondamentaux. Par ailleurs, nous continuerons d’accompagner et d’encourager la mise en place de mécanismes de justice transitionnelle afin que les victimes des crimes d’Etat, comme celles des groupes armés, soient reconnues.

Le principe de subsidiarité sur lequel repose la CPI nous permet de faire face aux cas d’impunité absolue, comme en Ituri ou au Darfour. Le principe de compétence universelle permet une interaction entre le local et l’international, grâce auquel nous avons pu attaquer en Allemagne avec CCR Rumsfeld et les généraux américains pour les crimes commis à Guantanamo.

Réguler la Mondialisation

C’est cette logique du droit au Droit qui fait que la FIDH se bat avec d’autres pour la régulation de la mondialisation. Elle se bat pour le respect des droits économiques et sociaux afin que les logiques économiques ne gagnent jamais sur le respect des droits humains, afin que les acteurs de la mondialisation soient soumis à la loi du Droit au lieu de faire dominer la loi de la jungle et que les États, les institutions financières, les entreprises assument leurs responsabilités pour leurs actes et leurs choix.

Nous renforcerons le plaidoyer et les actions en faveur de la responsabilité sociale des entreprises pour les convaincre ou les contraindre à respecter les Conventions internationales relatives au droit du travail. Le Partenariat renforcé que nous recherchons avec les syndicats a pour but de développer les capacités de changement à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise. Le processus de mondialisation a en effet approfondi à tous les niveaux, aussi bien national qu’international, les inégalités. Lutter contre l’aggravation de celles-ci, c’est enquêter, dénoncer, intervenir, c’est peu à peu arriver à faire que les droits humains fondamentaux priment sur le droit du commerce et de la finance.

Ces objectifs sont-ils des utopies ? Je ne le pense pas. Le travail considérable accompli par la FIDH à travers entre autres le groupe d’Action judiciaire, animé par notre Président d’honneur Patrick Baudouin, la mise en place d’un véritable programme judiciaire international peut nous rendre à juste titre optimistes quant à l’élaboration de procédures pour un meilleur respect des droits économiques, sociaux et culturels.

Le droit à la sécurité

C’est pourquoi, nous poursuivrons sans relâche notre credo : le droit à la sécurité est une liberté fondamentale de tout être humain car toute vie a le même prix. C’est au nom de ce principe que nous revendiquons le droit de chaque Palestinien à vivre dans un Etat reconnu aux frontières aussi sûres que celles de l’État d’Israël. Ce peuple, qui a choisi d’exercer la démocratie, est puni et maintenu dans l’anarchie par Israël, qui, avec le consentement de la communauté internationale, poursuit la construction illégale du mur et refuse le déploiement d’une force internationale de protection des civils palestiniens. Les conflits qui sévissent partout dans le monde nous interpellent, qu’il s’agisse de celui entretenu par le régime soudanais génocidaire de sa propre population, des crimes commis par la Russie en Tchetchénie ou encore de l’obstination guerrière de l’administration Bush en Irak. Il nous appartient de dénoncer les atteintes à la paix, d’appeler à la mise en œuvre du droit international sans « double standard », de proposer et d’appuyer les mécanismes qui permettent le règlement pacifique des conflits. Nous travaillerons à perfectionner les normes internationales, que ce soit à travers les conventions onusiennes ou par la mise en place de mécanismes par les diverses instances interrégionales.

Connue, efficace, respectée, la FIDH pour mieux ancrer son internationalisation doit étendre encore plus son action aux pays de l’Est et de l’Asie et en particulier à ce pays qui constitue à lui seul un continent, la Chine.

Le Fonctionnement de la FIDH

Cet ambitieux programme repose sur un bon fonctionnement de notre institution. Elle est dotée des organes de décision politique élus démocratiquement que sont le Bureau International et le Bureau exécutif. Elle possède aussi un secrétariat international dont on connaît la compétence, qui coordonne les rapports entre les diverses instances de la FIDH. Il est dirigé par Antoine Bernard dont tout le monde ici apprécie le dévouement et la remarquable capacité de travail.

Pour améliorer notre travail à tous les niveaux de décision et d’exécution, il nous faudra aussi préciser et rendre encore plus étroites les synergies de la FIDH avec ses ligues. L’exigence de proximité et de solidarité réciproque avec nos ligues doit être le maître mot de notre action.

Conclusion

Telles sont les chemins sur lesquels je souhaite engager notre organisation. Il nous appartiendra de continuer à travailler dans la collégialité. C’est à cette condition entre autres que la FIDH pourra accroître son efficacité et sa capacité de conviction, qui ont jusqu’ici fait sa force, afin d’atteindre notre objectif, qui est celui de la paix par le respect des droits humains, une paix durable qui ne peut être véritable que si elle est synonyme d’une vie digne pour tous.

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