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Femmes, sociétés en transition et réforme du champ religieux

mardi 9 septembre 2008

Le CIOFEM, Centre d’Information et d’Observation des Femmes Marocaines, organise des rencontres qui se font sous formes de séminaires, tables rondes, journées d’études, colloques et congrès internationaux. Ces rencontres permettent non seulement d’apporter une réflexion sur des thèmes spécifiques (la Moudawana, l’intégrisme, l’image de la femme dans les masses médias….), mais elles constituent également une force de plaidoyer et de lobbying en vue d’instaurer une culture d’égalité, d’ouverture et de tolérance.

Ci dessous, un résumé :
- des actes d’un colloque international (4-8 Février 2006 ) tenu à Casablanca au Maroc sous le thème "Femmes et sociétés en transition "
- de la Journée d’étude (4 décembre 2005) de l’Ecole de l’Egalité et de la Citoyenneté. sous le thème "Comment contribuer à une démarche de réforme du champ religieux"

COLLOQUE INTERNATIONAL

4 au 8 février 2006 à Casablanca-Maroc

Femmes et sociétés en transition

A vec des rythmes et des contextes différents les réformes concernant les droits des femmes reposent surtout sur la détermination de celles ci et sur elles mêmes en premier.

Les facteurs d’intégration de la femme dans le processus économique et le développement durable constituent un facteur fondamental dans le cumul des acquis en faveur de l’égalité et de la citoyenneté des femmes.
L’échange, le dialogue et la solidarité entre femmes participe à ouvrir des perspectives et fructifier les expériences du combat des femmes dans chaque pays.

Le contexte de l’émigration apporte chaque fois des paradoxes qui incitent au renforcement des cloisonnements identitaires et demandent des sociétés d’accueil des politiques appropriées pour surmonter les handicaps culturels et des juridictions.

Ce sont là quelques conclusions évoquées par les participants au séminaire organisé par Amazone l’ONG belge , la ligue démocratique des droits des femmes au Maroc (LDDF), et citoyennes d’ici et d’ailleurs (association maroco belge) du 3 au 8 février 2006 à Casablanca .

Les séances de l’après midi étaient consacrées samedi à l’échange des expériences entre les pays autre que le Maroc participant à ce séminaire.
La séance du matin a toutefois empiétée sur le programme de l’après midi et c’est après les réponses des intervenants du matin que la séance a repris son cours prévisible. Dans une salle au comble et sous la direction du professeur Rahma Bourquia sociologue et présidente ce fut au tour des femmes iraniennes de présenter leur expérience .Elles étaient six à prendre la parole à tour de rôle pour parler de la situation de la femme dans ce pays. Dans la composition des six il y’avait un dosage entre ONG , universitaires et représentants officiels qui permet relativement de dégager une idée sur la situation des femmes dans ce pays .Si la scolarisation des filles et les programmes d’alphabétisation ont permis d’atteindre aujourd’hui un taux de plus de 70% des femmes désormais en mesure de lire et d’écrire le cloisonnement des femmes et leur maintien à domicile n’a pas donné lieu à une intervention sociale accentuée des femmes sur la scène publique .Même si certains métiers sont devenus extrêmement féminisés et que l’université est aujourd’hui majoritairement occupée par les femmes on a continué à mettre surtout en relief le rôle des femmes dans la reproduction et à célébrer surtout la maternité et l’éducation des enfants conçues comme étant les principales fonctions de la femme au niveau de la société iranienne. Le rôle des femmes dans l’économie et leur introduction progressive dans les activités diverses sont les véritables raisons qui ont abouti à un poids plus significatif des femmes dans les prises de décision. Et c’est un facteur appelé à s’accentuer dans les prochaines années. Sur le plan juridique la situation demeure toutefois réconfortante, les punitions corporelles portant atteinte au corps de la femme sont prévues par la loi iranienne (flagellation, lapidation…) .L’Iran du temps du gouvernement Khatami avait approuvé la convention internationale de lutte contre les formes de discrimination à l’égard des femmes tout en apportant quelques réserves à certaines clauses. mais si la voie était balisée pour la ratification de cette convention elle ne l’est plus avec l’accès des conservateurs au gouvernement sachant que déjà le retard sur cette question était dû à l’opposition du conseil des gardiens de la révolution islamique à cette disposition.

L’une des intervenantes iraniennes a su décrire la situation actuelle des femmes iraniennes comme suit :

Entre deux positions radicales et inconciliables au sein de la société iranienne l’une plaidant hors du référentiel religieux et l’autre faisant appel aux archaïsmes au nom de la religion il y a une majorité intermédiaire qui a des positions plus nuancées et qui, donnent aux droits des femmes un potentiel évolutif authentique.

La situation des femmes en Turquie est très différente de celle qui prévaut en Iran La Turquie interdit la polygamie et accorde le droit de divorcer à la femme et consacre l’égalité en matière de droit d’héritage .Pays laïc depuis la révolution kémaliste d’Ataturc. Le droit de vote des femmes est plus ancien que celui acquis dans la plupart des pays occidentaux car il a été promulgué en 1934 .Mais quelles sont les réalités de la situation féminine aujourd’hui en Turquie ? D’abord il faut réviser l’image qui continue à présenter les acquis féminins sous le jour d’une attitude paternaliste du pouvoir kémaliste en Turquie. La réalité de ces acquis est le résultat d’une revendication et d’un mouvement d’émancipation en Turquie qui remonte à plus de 50 ans avant la révolution .Il se trouve que le processus social et politique de la période d’après 1935 n’a pas favorisé le mouvement d’émancipation des femmes .Le recul s’est confirmé entre 1950 et 1995 d’une manière presque continue .la répartition des richesses et des ressources du pays ont pratiquement consacré la domination extrême des hommes .Par exemple en terme de patrimoine immobilier et foncier les femmes détiennent moins de 10% de celui ci .Si la planification a réduit la croissance démographique à 1,8% la participation des femmes à la politique s’est considérablement réduite .La Turquie assure actuellement le rang du 151 me Etat du monde pour la présence féminine au Parlement. Avec 24 élues dans un conseil de plus de 500 membres le pourcentage de cette présence se situe à moins de 4%.

Le pays connaît un essor extraordinaire des associations féminines .Il y ’aurait plus de 400 associations de ce genre .Le nouveau féminisme turc s’est développé de puis les années quatre vingt avec la volonté de lutter pour l’émancipation des femmes concernant le pouvoir sur le corps, le travail et la politique.

L’immigration turque en Belgique a une situation différente .la moyenne d’une famille turque dans ce pas d’accueil est de 4 à 5 enfants par couple .Les mariages s’opèrent à un age très bas pour la jeune fille aussi bien que pour les garçons et 70 % des mariages conclu en Belgique parmi cette communauté se font avec un ou une conjointe vivant en Turquie. C’est que l’immigration se fait surtout des zones rurales les plus reculées et qu’elle conserve les structures ancestrales dans le fonctionnement de la communauté .Les handicaps de la langue et de la communication contribuent à accentuer cette réalité.

Sur le plan des droits réels et de l’égalité des femmes en Belgique que peut on faire pour approcher les questions des femmes aux origines ancrées dans d’autres cultures et pays ? C’est la question que se sont posées les participantes belges à ce séminaire.

Il ne s’agit pas de questions théoriques mais le plus souvent pratiques et juridiques nécessitant l’intervention fine des experts. Droit de sol, prééminence du droit du pays d’origine, ou des règles universelles ? La réponse n’est pas linéaire .les participantes ont toutefois insistée sur la nécessité de préciser le référentiel auquel on doit faire recours. Celui ci doit être arrimé surtout aux valeurs fondamentales de l’égalité entre les sexes et la pleine citoyenneté. Elles ont souvent également dénoncé tout relativisme culturel qui tenterait de légitimer la discrimination.


Journée d’étude du CIOFEM et de l’Ecole de l’Egalité et de la Citoyenneté.

Dimanche 4 décembre 2oo5.

Comment contribuer à une démarche de réforme du champ religieux

Telle est la question qui se profilait derrière la journée d’étude organisée par le Ciofem à Casablanca le dimanche 4 décembre 2oo5.
Une journée marquée par la présence de plusieurs chercheurs et universitaires d’envergure internationale ainsi que de plusieurs académiciens marocains dont la valeur scientifique des travaux dans ce domaine est universellement reconnue.

L’idée de cette journée était d’explorer les expériences des réformes pour les religions chrétienne et judaïque et de réfléchir à l’état du processus de réforme du champ religieux musulman. L’idée de réforme dans le cas du Ciofem est liée aux volets théorique et pratique de son action dans le cadre de l’école de l’égalité et de la citoyenneté. Les participants à cette journée d’étude étaient ainsi composés du comité scientifique de l’école ainsi que des enseignants, de plusieurs universitaires et acteurs du champ associatif intéressés par cette problématique.

A l’ouverture de la journée, remerciant les universitaires venus de loin ainsi que les chercheurs marocains présents Mme Fouzia Assouli présidente du Ciofem et de la Ligue a indiqué que les conclusions de cette rencontre scientifique internationale vont contribuer aux orientations du cursus de l’Ecole et ses futurs programmes.

M Jenjar :

« Comment reformuler la problématique de la réforme ? »

Par la suite ce fut M Jenjar , directeur de la revue Prologues et membre du comité scientifique de l’école qui a modéré les débats de la journée et exposé aux participants les éléments de cette question des réformes du champ religieux telle qu’elle est perçue à travers la question fondamentale de l’égalité entre femmes et hommes et de leur entière et pleine citoyenneté .

M Jenjar a rappelé que la problématique date déjà de plus d’un siècle dans le monde arabe sans pour autant parvenir à réaliser les réformes escomptées. Elle s’est posée d’ailleurs sous la formulation tragique suivante : Pourquoi les Musulmans ont-ils régressé alors que les autres avancent ?

L’examen d’une telle question dans le séminaire traduit une démarche novatrice établissant un pont entre le monde académique et la société civile et la reconnaissance du rôle du savoir dans les stratégies adoptées par la société civile.

Le modérateur de la journée d’étude a noté par ailleurs que les trente dernières années ont traduit le retour en force dans cette même aire géographique et culturelle de la problématique de la réforme en général et celle de la réforme du champ religieux plus particulièrement et avec plus d’insistance. Les réponses à cette demande de réforme ne peuvent être reprises parmi celles de la fin du 19 ème siècle lesquelles se sont avérées très insuffisantes. L’histoire de cette partie de la planète a montré que les réformes dans les domaines économiques, sociaux et de l’éducation se sont heurtés à la panne de la réforme du champ religieux produisant un individu dont la conscience est éclatée, la Raison déstabilisée et partagée entre la réalité et l’espace religieux. Les réformateurs du 19 ème siècle dans le monde musulman ont abordé la question comme simple projet d’appropriation du savoir et des techniques de l’Occident refusant de s’approprier également la raison européenne et son rationalisme .Le référentiel religieux se trouve ainsi aujourd’hui dans la crise.

Aussi le séminaire international de l’école et du Ciofem se doit d’être à la recherche de nouvelles réponses différentes de celles élaborées par les réformateurs du monde arabo-islamique de la fin du 19 ème siècle.
M Jenjar a expliqué qu’il serait utile dans ce contexte de connaître les réactions et les réformes adoptées par les autres religions dites monothéistes au choc avec la modernité. Le séminaire a pour objectif de chercher les points communs éventuels de ces expériences distinctes de réforme. Mais il a aussi pour ambition de présenter au public marocain le discours des autres sur eux-mêmes au lieu du discours que nous avons souvent sur ces autres, d’explorer les outils scientifiques et de comparaison entre les réponses élaborées par chacune des religions sur les questions universelles et afin surtout de reformuler la problématique de la réforme pour l’intégrer dans sa globalité .

M.Yakov Rabkin :

« La réforme dans le judaïsme est une adaptation continue »

M Yakov Rabkin, de l’université de Montréal, (Canada ) ,juif et chercheur spécialiste de l’histoire du judaïsme , auteur de plusieurs ouvrages sur la question , a fait le premier exposé de ce séminaire sur la continuité et l’innovation dans le champ religieux judaïque. Il a rappelé à ce propos que l’histoire du judaïsme qui s’étale sur trois mille ans est marquée par des périodes de dures ruptures, notamment les deux destructions du temple à Jérusalem (le premier au cinquième siècle avant JC, le second au premier siècle de l’ère nouvelle).Ces deux événement sont été suivis d’exode et de pénibles tragédies. L’exil joue ainsi un rôle très important dans la conscience des juifs. Ses conséquences furent l’émergence d’un judaïsme nouveau fondé principalement sur la communauté extra territoriale (Al Oumma comme les Musulmans) ainsi qu’une approche de la religion qui donne de l’importance aux textes et aux percepts. Ce fut ainsi dès le cinquième et sixième siècle de la nouvelle ère le passage à l’écrit d’une partie de la tradition restée jusque là orale. La capacité d’adaptation de la religion judaïque s’est particulièrement renforcée sur ce parcours. On note alors que la jurisprudence a changé ex : l’abolition de la peine capitale et l’abandon de la lapidation
Dans le monde européen où certains juif s’étaient installés dès le 9ème siècle un rabbin a décrété l’abolition de la polygamie pour 999 ans .Dans la logique de la tradition juive européenne Les principes fondamentaux de la jurisprudence sont fondés sur :
- La primauté des décisions rabbiniques locales sur l’ensemble des avis venus d’ailleurs. (Territorialité rabbinique)
- La loi du pays où on se trouve est la loi
- Ne pas essayer de recréer le passé.
- La réinterprétation notamment avec les responsa rabbiniques de la tradition écrite pour en donner chaque fois la version la plus adaptée à la réalité de la communauté.

Pour M Rabkin le 19 ème siècle et la révolution française ont apporté au judaïsme un changement majeur. La religion intègre depuis lors le domaine privé pour la première fois et le passage à la citoyenneté s’est traduit par une réforme radicale chez la majorité des juifs devenus moins portés sur la rigueur rituelle et plus libéraux .Ce judaïsme là a eu un poids dans les pays de l’Europe occidentale mais surtout il est à ce jour le courant majoritaire du judaïsme aux USA.

La modernité a apporté trois types de changements distincts les uns par rapport aux autres : le premier est certes libéral moins sectaire et peu ritualiste. Le second est une adaptation aux cultures des pays où résident les juifs notamment en Allemagne. (Certains rabbins sont allés jusqu’à réciter la liturgie en langues locales). Le troisième est rétrograde ; il a donné lieu à la condamnation de toute innovation et a rejeté tout contact avec les cultures environnantes ; courant a été surtout dans les pays de l’Europe de l’Est avec pour premier foyer Bratislava. Pourtant dans chaque courant des paradoxes se sont fait sentir telle la scolarité des filles juives par le courant le plus orthodoxe afin de leur éviter d’aller à l’école publique avec des non juifs. En tout cas selon Rabkin, au 20 eme siècle une minorité de juifs seulement s’intéressaient à la religion et il n’y avait plus aucun conflit entre le savoir universel et le savoir juif. Par contre certains radicalismes hostiles à la modernité ont progressivement émergé dans certains pays tels les USA et ce, en liaison avec la montée des mouvements fondamentalistes chrétiens notamment sionistes. Mais dans l’ensemble, le judaïsme se réforme en s’appuyant sur les concepts existant dans la tradition écrite ou orale et développe des solutions qui sont exclusivement décentralisées selon les différents rabbinats ; c’est un processus continu d’adaptation.

Jacque Levrat :

« Un long cheminement pour une réforme encore très récente de l’Eglise Catholique »

Introduit au public par M Jenjar ,qui a insisté sur la dimension du père Levrat en tant qu’homme de dialogue tant au niveau intellectuel que sur le terrain ,notamment par le fait qu’il vit au Maroc depuis 1967 et qu’il travaille aujourd’hui à Béni Mellal dirigeant un centre culturel dans cette région très peu nantie en infrastructures culturelles. Le père Jacque Levrat a pris la parole par la suite pour s’exprimer sur la réforme telle qu’elle a été pratiquée dans le christianisme occidental. On notera d’abord que le père Levrat est auteur de plusieurs ouvrages sur le dialogue islamo chrétien et que l’ensemble de son itinéraire depuis sa thèse universitaire a été consacré à ce rapprochement et à la tentative de convaincre l’Eglise de l’opportunité de mieux connaître les sociétés dites islamiques. Jacque Levrat a fait remarquer que c’est toujours la durée qui permet de mieux comprendre. Depuis l’avènement du Christianisme et pendant longtemps la foi était entièrement distincte de la raison et se plaçait au dessus de celle-ci. Abelar au 12 ème siècle a introduit la démonstration rationnelle dans la théologie. De ce conflit fructueux entre la raison et la foi Thomas d’Aquin a développé au 13ème siècle un certain humanisme qui fait confiance au pouvoir de la raison .il s’agissait toutefois d’une théologie scolastique coupée de la vie.
Il faut attendre le 16 ème siècle pour voir apparaître deux grands réformateurs Rabelais et Martin Luther. Mais c’est la personnalité du premier qui fascine le père Levrat, moine, Rabelais se distinguait par sa grande culture, son attachement à la vie, son ouverture sur les autres langues et ses écrits littéraires ; il maitrisait en particulier le grec, l’arabe et le latin.

Martin Luther, également moine et érudit par une lecture assidue de la Bible ; a rejeté catégoriquement la lecture scolastique qui figeait la religion insistant sur l’éthique personnelle et sur le « libre arbitre ».Observant le comportement du clergé romain il a dénoncé les « indulgences » qui servaient à financer l’Eglise. Martin Luther a publié en latin ses 95 thèses pour les adresser aux responsables de l’Eglise romaine mais son texte fut traduit contre sa volonté en allemand et eut une large diffusion .Ainsi est venue la rupture.

Contemporain de Luther et de Rabelais est venu Copernic avec sa théorie replaçant le soleil au centre de l’univers. La conception de l’Eglise fut bouleversée mais eut l’intelligente réaction de Thérèse D’Avila qui a insisté sur la présence de Dieu dans toute sa création et pas seulement au ciel. L’affaire de Galilée un siècle plus tard a été à l’origine d’un divorce entre l’Eglise de Rome et la communauté scientifique lequel a duré longtemps. Ce n’est qu’en 1992 que l’Eglise a reconnu le tort fait à Galilée.

L’Eglise a stagné sur la période de la Renaissance et fut pratiquement en situation de repli jusqu’en 1864 date d’un fameux texte de l’Eglise condamnant toute innovation et toute modernité ; Le seuil étant atteint le sursaut vint quelques années plus tard en 1882 à travers un texte sur la justice sociale .Ce fut la réponse courageuse sur le champ social dans un contexte de révolution industrielle.

Bref, tout cela décrit un long cheminement de l’Eglise lequel est un murissement qui a permis une vision de l’Eglise sur l’humanisme, l’intelligence, la parole de Dieu, la relation avec les sciences et l’engagement social pour préparer la véritable réforme survenue au concile Vatican II. Ce concile majeur a procédé à une véritable révolution sur trois sujets majeurs .Le premier concerne la structure de l’Eglise elle-même, la hiérarchie est renversée pour placer le peuple de Dieu c’est-à-dire la communauté des croyants à la première place alors que la hiérarchie de l’Eglise vient ensuite et n’est qu’au service de ce peuple de Dieu.

Le second sujet concerne la lecture de la parole de Dieu : L’Eglise reconnaît désormais le rôle de la science dans l’interprétation et la lecture de la parole divine .Le chemin est balisé à toutes les sciences pour la recherche dans ce domaine.
Le troisième point du concile Vatican II est également fondamental, il concerne la liberté religieuse désormais reconnue par l’Eglise catholique avec l’adoption de principes formant la base permettant un dialogue ouvert avec les autres chrétiens non catholiques et aussi toutes les autres confessions .

Mme Amal Grami

« La domination du corps de la femme a été le fondement de son asservissement par l’homme dans la culture des sociétés islamiques »

Amal Grami, a pris la parole en début d’après midi pour être le troisième conférencier de cette journée sur la réforme des religions. Chercheur tunisien qui a déjà dans son parcours universitaire de nombreuses études réalisées sur des thèmes brulants relatifs au droit et à la culture islamique, elle a eu son doctorat à propos des différences et du droit à la différence dans le monde musulman, elle a plusieurs travaux et a longtemps travaillé sur le thème de la liberté de culte et de la foi dans le domaine de la culture et du droit islamiques. Parmi ses autres travaux des publications sur les thèmes suivants : La notion du plaisir de la femme dans la culture et le droit musulmans, le mariage de la femme musulmane avec le non musulman, la Vierge Marie dans l’imaginaire musulman, le dialogue des religions etc.

« le corps féminin dans la pensée islamique » fut le thème de sa conférence à l’occasion du colloque sur la réforme du domaine religieux. Son intervention en langue arabe se justifie déjà pour Mme Grami par le fait que le traitement par une femme en cette langue des questions relatives au corps était en soi un tabou. L’une des premières questions de sa conférence a été de savoir est il possible aujourd’hui d’évoquer la mise en place de traditions de réforme concernant la relation de la femme avec son corps selon la religion ou la pensée religieuse islamique ? Les écrits disponibles dans le patrimoine islamique sont essentiellement des descriptions physiologiques faites par des males sur le corps de la femme ; leur approche normative dessine les règles d’un discours masculin sur le corps de la femme et prépare l’espace du corps féminin à l’exploitation et au fonctionnement dans le cadre de l’institution du mariage. Il n’y a pas beaucoup de témoignages féminins sur des aspects qui pourraient être les fondements d’une approche féminine de ce rapport, ni sur la place en général de la femme dans ses différents dimensions a sein de la société musulmane. D’où la nécessité aujourd’hui d’instituer des études de l’histoire des femmes pour dégager dans le champ islamique une vision différente de l’histoire exclusivement masculine voire la possibilité d’une théologie féminine musulmane.

Certes dans le contexte contemporain, les questions de sortie de la femme à l’extérieur du domicile conjugal ou familial, de l’éducation, de l’enseignement, du travail et de l’emploi ont été soulevées par les réformateurs ; le rapport de la femme à son corps est resté toutefois très timide et réservé notamment en raison de sa relation avec la sexualité.
Ce sont les mouvements féminins dans certains pays qui ont été les précurseurs d’une réflexion sur le rapport des femmes musulmanes à leur corps. Ce sont eux qui ont mis en évidence le fait que corps féminin demeure défini exclusivement dans son identité sexuelle alors que l’identité de l’homme est étendu à d’autres champs de définition notamment le champ social.

Le premier aspect relevé par les mouvements féminins hors du champ religieux par la suite aura été le droit de la femme de disposer de son corps notamment en matière reproductive : C ‘est ainsi qu’on a posé la question de limitation des naissances, de la contraception, du droit à l’avortement et du droit au plaisir. Et dans ce contexte de nombreuses questions quotidiennes de la société sont posées telle la réfection de l’hymen, les relations extra conjugales, le vestimentaire féminin, etc.…

Le second aspect concerne le principe de l’obéissance surtout dans sa dimension sexuelle, les modernistes ont attiré l’attention sur le phénomène et l’effet de la socialisation dans la consolidation de la thèse du corps / festin et la diffusion de l’obéissance de la femme à l’homme pur satisfaire ses appétits sexuels.

Le troisième aspect concerne le corps « violé » de la femme en référence à tout le patrimoine des dispositions violentes punissant la femme, les crimes d’honneur, la violence physique, la castration des organes sexuels de la femme, l’excision, etc. Puis, la violence symbolique et du discours qui ne sont pas moins graves à l’encontre de la femme.

Les mouvements modernistes ont dénoncé de nombreux aspects de cette violence qui affecte le corps de la femme et notamment ils ont contesté le recours de l’homme à la violence pour imposer à la femme l’obéissance dans le contexte sexuel ou social. Et il faut dire que cette violence a pour rôle de consacrer des droits exclusifs pour l’homme tel le droit à l’envie et au désir sexuels.

Le résultat est qu’à travers les fantasmes et les règles de la société, la femme se retrouve dans un statut diminué d’être inférieur, soumis à la volonté de l’homme et subissant son autorité laquelle envahit toutes les manifestations de son entité féminine.

Le quatrième aspect concerne le corps stigmatisé de la femme : les modernistes et les traditionalistes convergent sur la critique de la chosification de la femme par la société moderne, mais cette convergence s’opère sur une divergence fondamentale. La position moderniste est contre la transformation de la femme en marchandise en vue d’une liberté plus étendue, alors que la logique du traditionalisme est fondée sur la domination et un conflit d’appropriation de la femme.

Les modernistes et les mouvements féminins plaident aujourd’hui pour le changement de tout un lexique traditionnel fondé sur la servitude de la femme et qui continue à marquer le vocabulaire juridique des Etats du champ islamique ; c’est le cas par exemple du mot Nochouz signifiant désobéissance.

Mme Grami a conclu son exposé par une série d’observations ; l’histoire du corps féminin est l’histoire du système des valeurs de la société dit-elle.il faut engager aujourd’hui des études sur tous ces aspects en vue d’explorer les contenus culturels et autres des valeurs de la société musulmane et les rapports de pouvoir qu’elles induisent.

Pour assumer un rôle libérateur de la femme dans la société aujourd’hui, il faut d’abord restituer à la femme son corps encore confisqué par la société et la tradition. Cette condition est primordiale pour la modernisation de la société dans le contexte islamique.

Il y a besoin aujourd’hui d’une réflexion fondée sur un savoir qui ne doit pas souffrir des déséquilibres et des iniquités des valeurs de la société musulmane. Ce qui signifie un référentiel qui ne soit pas fondé sur des normes absolues, ni sur des représentations sociales et des structures mentales dominantes.

La question de la relation de la femme à son corps est ainsi une relation de l’ensemble de la société par rapport à la femme et une question déterminante de la réforme sociale dans son ensemble par rapport à l’état actuel des sociétés dites islamiques.


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Source :

CIOFEM

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