Tunisiennes d’aujourd’hui
نساء الجيل الجديد

Accueil > Français > Féminisme dans le monde > Un siècle de luttes pour les droits de la femme

Un siècle de luttes pour les droits de la femme

jeudi 25 septembre 2008

Antoine Porcu

Deux ans avant d’être guillotinée pour son soutien à Louis XVI, Marie Gouze dite Olympe de Gouges, une des premières féministes françaises, publie en 1791 : « la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne ». Le premier article stipule : « La femme naît libre et demeure l’égale de l’Homme en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ».


Qu’il fût long à parcourir le chemin conduisant à la prise en compte de cette déclaration. Pour que les femmes puissent obtenir ce qu’exigeait pour elles Olympe de Gouge. Petit à petit, cette exigence deviendra une force.

En 1911, un million de femmes manifestent en Europe ; deux ans plus tard, le flambeau est repris par des femmes russes qui organisent des rassemblements dans ce pays immense ; elles seront suivies en 1914 par des femmes allemandes qui exigent le droit de vote ; en 1915, lors de la première guerre mondiale, c’est à Oslo que les femmes se rassemblent. A l’exigence du droit de vote s’ajoute celui de la fin de la guerre ; en pleine effervescence révolutionnaire, des ouvrières manifestent à Saint-Pétersbourg afin que les revendications ne soient pas les oubliées du programme révolutionnaire. Lénine ne restera pas sourd à cet appel. Dès l’avènement du pouvoir soviétique, il décrète en 1920 que le 8 mars sera désormais célébré comme la journée des droits de la femme. Bien des années s’écouleront avant que d’autres pays prennent la même décision. Il a fallu attendre 1946 afin que les pays de l’Est dits de « démocratie populaire » prennent la même décision.

Enfin, en 1977, l’Assemblée générale des Nations Unies officialise le 8 mars comme journée internationale pour les droits de la femme. En France, ce n’est que lorsque la gauche revient au pouvoir, après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, que le gouvernement de la gauche unie présidé Pierre Mauroy décrète que le 8 mars sera officiellement célébré. Cette décision est saluée par les femmes de France. Le 7 mars 1982, à l’appel de l’Union des femmes françaises, organisation créée pendant la Résistance (aujourd’hui Femmes Solidaires), 20 000 femmes se rassemblent place de la République à Paris.

Le droit de vote des femmes est acquis en 1944. L’Assemblée consultative du gouvernement provisoire adopte par 51 voix contre 16 un amendement du député communiste Fernand Grenier, instituant le droit de vote pour les femmes. Le gouvernement provisoire présidé par le Général de Gaulle reprend cet amendement et décide qu’après la Libération : « (…) les femmes seront électrices et éligibles aux mêmes conditions que les hommes ». Certes, des femmes avaient déjà été candidates et élues notamment dans les municipalités communistes. Elections bien sûr annulées par le pouvoir. Le premier vote légal des femmes aura lieu à l’occasion de l’élection municipale des 29 avril et 13 mai 1945. Le 21 octobre de la même année, les femmes participent aux premiers scrutins nationaux : le référendum et les législatives. 35 femmes seront élues : 17 communistes, 8 socialistes, 9 MRP, 1 PRL.

D’autres droits restent à conquérir, notamment celui d’accepter ou de refuser l’enfantement. Aujourd’hui, malgré quelques soubresauts d’irréductibles fanatiques religieux, le droit à l’avortement est reconnu. Il ne fût conquis qu’après de nombreuses manifestations, de poursuites judiciaires. En 1920, le gouvernement de l’époque promulgue une loi stipulant la stricte interdiction de la pratique de l’avortement. La contraception et l’information diffusée sur ce sujet est passible d’amendements voire de prison. En 1942, le gouvernement Pétain décrète que l’avortement est un crime contre l’Etat. Des femmes seront condamnées à mort en vertu de ce décret, comme Marie-Louise Giraud guillotinée en 1943. Ce n’est qu’en 1967, après un débat passionné que l’Assemblée Nationale abroge la loi de 1920. Le député gaulliste Lucien Neuwirth fait adopter la loi autorisant la contraception tout en refusant le remboursement de la pilule par la Sécurité sociale.

Dans le grand bouillonnement de mai 1968, le Mouvement de Libération de la Femme (MLF) est créé. Il lui reviendra de coordonner les différentes actions qui se multiplient. 343 femmes bravant la justice déclare publiquement avoir eût recours à l’avortement. Le Tribunal de Bobigny relaxe une femme poursuivie pour pratique de l’IVG. Ce jugement et la poursuite des actions initiées par le MLF et les partis de gauche contribuent à faire adopter par le Parlement la loi de Simone Veil, Ministre de la Santé en 1975 la loi autorisant l’avortement. Elle sera votée à titre provisoire pour une durée de cinq ans. Elle sera définitivement adoptée le 31 décembre 1979.

Les femmes n’ont pas seulement lutté pour leurs droits spécifiques, elles furent nombreuses à s’engager dans les luttes pour le progrès social et les combats de la Résistance face à l’occupant allemand et le gouvernement de Vichy. Le colonel Rol-Tanguy, grande figure de la Résistance, leur a rendu un hommage particulier en déclarant en 1944 : « Sans les femmes, la moitié de notre travail aurait été impossible. Leur tâche a été dure, surtout dans les dernières années de la clandestinité. Le poste de commandement régional de Paris fonctionnait dès le 12 août en bonne partie grâce aux femmes ». Depuis la rédaction de cet article, l’offensive contre le droit à l’IVG se développe avec une vigueur accrue. La défense de ce droit acquis de haute lutte est plus que jamais à l’ordre du jour.

Antoine Porcu, ancien député du PCF à l’Assemblée Nationale Française

Source : Humanité

SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © Andreas Viklund sous Licence free for any purpose