Tunisiennes d’aujourd’hui
نساء الجيل الجديد

Accueil > Français > Femmes et politique > Irak : « Les femmes ne comptent pour rien »

Houzan Mahmoud, dirigeante du Parti communiste ouvrier irakien :

Irak : « Les femmes ne comptent pour rien »

dimanche 23 novembre 2008

Houzan Mahmoud de l’Organisation pour les droits des femmes en Irak dénonce l’islamisation à marche forcée de son pays. Elle exige le départ des forces armées américaines.

Interview réalisé par GaucheHebdo, organe du Parti Suisse du Travail

Avant l’invasion américaine en Irak en 2003, les femmes étaient libres d’aller à l’Université, de travailler et de prendre des responsabilités Aujourd’hui, du fait de l’insécurité et de la répression du gouvernement, elles sont forcées à rester à la maison ». Cet avis provient d’ONG locales et de l’Organisation pour les droits des femmes en Irak (en anglais OWFI). Le 8 mars dernier, cette association a organisé une manifestation à Bagdad avec différents syndicats, organisations de femmes et le parti communiste ouvrier. Pour demander aussi bien la séparation de l’Etat et de la religion, la suppression de toute loi discriminatrice entre hommes et femmes.

Houzan Mahmoud cofondatrice du Congrès irakien de la liberté, membre de l’OWFI nous parle de la situation des femmes en Irak. Exilée depuis 2006 en Angleterre, cette militante est née dans une famille de gauche laïque et proche des milieux d’opposition à Saddam Hussein et du Groupe ouvrier, fraction marxiste-léniniste au sein de l’Union patriotique du Kurdistan [* voir commentaire à la fin].


- La situation des femmes en Irak est pire que sous le régime de Saddam Hussein. Est-ce que vous partagez cet avis et quelle est leur condition actuelle ?

Houzan Mahmoud C’est malheureusement la vérité vraie : l’occupation et les constantes et quotidiennes attaques terroristes ont péjoré encore plus la situation des femmes irakiennes. Il n’existe plus aucune sécurité et protection pour elles, du fait que le pays est occupé par les USA et ses alliés avec un régime de marionnettes à leur botte. Quand les femmes sortent dans la rue, elles ne sont jamais sûres de revenir saines et sauves à la maison. Nous sommes à la merci d’attaques journalières, d’attentats suicides, de violences et de kidnappings menés avant tout par des groupes islamistes qui terrorisent la population. Et les forces d’occupation ont elles-mêmes entretiennent la précarité totale des femmes. Celles-ci ne comptent plus que pour moitié ; elles sont souvent violentées ou abusées sexuellement, quelque fois torturées par les soldats US. L’actuelle situation de guerre a vraiment péjoré la situation des femmes.

- Pourquoi les droits des femmes ont-ils souffert un tel recul ?

Le régime, qui a été porté au pouvoir, émane totalement des forces réactionnaires et religieuses de droite. Les groupes politiques islamistes, qui veulent imposer un mode de vie islamique aux femmes, ont été renforcés. On assiste au renforcement d’une islamisation complète de la société irakienne.

- Qu’est ce qu’il faut faire pour sortir de cette situation ?

La présence des troupes d’occupation en Irak offre une justification et une légitimation constante aux groupes terroristes islamistes. Ils tuent des gens en prétendant lutter contre l’occupant. En réalité, ils ne le combattent pas, mais veulent seulement imposer leurs propres règles strictes à toute la population irakienne et aux femmes. La fin de l’occupation est une condition d’en finir avec la situation actuelle.

- L’OWFI veut le départ de l’armée US. Cela va améliorer la situation ?

Nous vivons depuis quatre ans avec la présence des troupes américaines. Elles n’ont rien fait pour l’amélioration de la société ou de la condition des femmes. Leur maintien est inutile. Elles ont finalement apporté encore plus de misère à notre société. Elles nous ont divisés sur des bases sectaires et religieuses, sur fond de rivalité ethnique et le long de lignes de séparations tribales. Elles ont créé et installé un régime qui ne nous représente pas. Totalement pro-américain. Somme toute, ils n’ont apporté aucune bonne solution depuis la fin du régime de Saddam Hussein.

Nous pensons qu’avec la fin de l’occupation, ce ne sera pas pire qu’avant, du fait qu’aujourd’hui l’Irak s’est transformé en champs de batailles entre groupes politiques et gangsters islamistes, qui ne font rien d’autre que de terroriser la population. Le gouvernement, qui s’est installé depuis deux ans est lui-même inutile. Nous croyons que la population irakienne parviendra à prendre à bras-le-corps les problèmes existants.

- Pourtant un Ministère de la femme a été créé et un quart des sièges de l’Assemblée nationale leur est réservé. Cela ne change pas votre opinion ?

Que les femmes soient présentes au parlement ne fait pas tout. Il ne faut pas oublier que les députées ne représentent finalement pas les femmes irakiennes. Elles sont été désignées et choisies pour représenter les intérêts des USA, et n’ont rien fait pour les femmes d’Irak. Elles n’ont jamais été des activistes des droits des femmes. La plupart des Irakiennes ne les connaissent pas. Plus encore, elles font partie des forces les plus réactionnaires de ce parlement, basé sur des forces religieuses et tribales. Elles sont des partisanes de ce régime. Elles ne sont pas là pour améliorer les conditions de vie ou la protection de leurs consoeurs. Il y a deux ou trois mois, ces députées ont proposé au parlement une motion, autorisant les maris à battre leurs femmes, quand elles n’étaient pas « obéissantes ».

- Les activistes des droits de l’homme ont soutenu la nouvelle constitution. Votre organisation a appelé les femmes à la boycotter. Pourquoi ?

Parce que cette constitution a été une nouvelle fois rédigée par la main de gens soumis aux intérêts américains et aux forces religieuses les plus réactionnaires. Dans les faits, ce texte sépare les droits des hommes de ceux de femmes, car il a été rédigé sur la base de la Charia et du droit islamique. Cette constitution ne va pas dans le sens du bien du peuple. Elle est seulement une pièce de la procédure de légitimation du gouvernement. Elle n’a rien à voir avec nos droits, nos libertés et exigences. Ce n’est qu’un bout de papier sans valeur.

- Votre critique va même plus loin. Votre organisation dit quelle va renvoyer l’Irak au Moyen Age. Sur quoi vous fondez-vous pour un tel jugement ?

C’est un vrai désastre que la Constitution soit basée sur une religion, l’Islam et qu’elle soit la base des lois. Pourquoi est-il écrit que les juges et tribunaux irakiens doivent connaître et comprendre la Charia et prononcer des jugements d’après ce texte ? Avant, nous ne connaissions pas ce type d’obligation. On ne peut donc rien en attendre de bon. Il y a deux semaines, le ministre de l’éducation a décidé que l’enseignement devait être séparé selon les sexes. On force les femmes à se voiler. Tout cela est le résultat de cette constitution réactionnaire qui se rapproche de celle d’Iran, d’Arabie saoudite ou de l’Afghanistan.

- Les défenseurs des droits des femmes sont attaqués ou menacés de mort. Comment cela se passe-t-il pour les membres de l’OWFI ?

La présidente de l’OWFI Yanar Mohammed a été la première femme en Irak à recevoir des menaces de mort du fait de son activisme et de son combat courageux contre la Charia. Les attaques contre les droits des femmes et les menaces contre les militantes s’amplifient constamment. Notre organisation est en perpétuel danger, car nous sommes la seule organisation irakienne de femmes irakienne qui soit reconnue internationalement du fait de son combat pour la liberté, l’égalité des droits et la laïcité et que nous portions ces exigences sans détour. De même que nous combattons sans compromission l’occupation américaine. Nous estimons que tout ce qui arrive aujourd’hui en Irak est le résultat de cette occupation. (…)

Propos recueillis par Maike Dimar (traduction JDr)


[*] Note de la BS :

Gauchebdo, journal du Parti Suisse du Travail ; nous rappelle les affinités politiques nationalistes de gauche kurdes de sa famille, mais oublie de dire que Houzan Mahmoud est une dirigeante du Parti communiste-ouvrier d’Irak, dont les biens ont été saisis et des militants ont été torturés et tués par l’UPK, organisation membre de l’Internationale socialiste (le PCOI a déjà adressé des protestations à l’I.S., et Amnesty international l’a signalé). Par ailleurs elle n’est pas co-fondatrice du Congrès de la liberté en Irak mais du Congrès des libertés en Irak.

Voir aussi du même auteur :

- * La situation des femmes en Irak (2004)
- * We say no to a medieval Kurdistan (2007)
- * Vidéo : Conférence (2007)

Voir aussi sur ce sujet :

- * Le terrible calvaire des irakiennes (Zerrouky, 2007)
- * Irak : Le gouvernement gèle les fonds d’une organisation pour les droits des femmes

Source :

Bataille socialiste

SPIP | Se connecter | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © Andreas Viklund sous Licence free for any purpose