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Congrès de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates :

Inscrire la question féminine dans le champ public pour en faire l’affaire de tous

mardi 9 décembre 2008

Entretien avec Sana ben Achour

Du 28 au 30 novembre, s’est tenu le huitième congrès de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD).

Cette association, créée il y a une vingtaine d’années, constitue, avec la ligue des droits de l’homme, une des composantes les plus dynamiques de la société civile tunisienne indépendante. Ses luttes pour les droits des femmes, l’égalité avec les hommes, contre les violences qui leur sont faîtes… leur ont valu une réelle reconnaissance, non seulement sur le plan national (bien qu’à ce niveau, les autorités officielles ne montrent pas beaucoup d’égards à son encontre), mais aussi sur le plan international. L’Association vient, en effet, de recevoir le prix de la République pour les droits de l’homme, qui lui sera remis le 10 décembre prochain à Paris.

A l’issue du congrès, un nouveau comité directeur a été élu et a lui-même élu comme présidente notre amie Madame Sana Ben Achour, professeur de droit, militante pour le progrès et les droits de l’homme et une des fondatrices de l’Association.

Nous avons, à cette occasion, eu l’entretien suivant avec la nouvelle présidente (conduit par Hichem Skik).

- Dans quelles conditions s’est déroulé votre congrès ?

Sana Ben Achour :Ce congrès aurait pu être une réussite totale, si ce n’est l’incertitude qui a plané sur le lieu de son déroulement, j’entends de son ouverture. Ni les hôtels, ni les maisons de la culture n’ont été capables de nous ouvrir leur espace, à temps et simplement, sans en référer à l’autorité politique. C’est dire, en dépit du geste fait en notre faveur et dont nous prenons acte, combien l’espace public demeure inaccessible aux associations autonomes, accès toujours conçu comme une faveur. Il faut reconnaître que cette ombre jetée sur le congrès s’est dissipée à l’ouverture. La cérémonie a été une belle réussite par le nombre des invités présents, la diversité de leurs composantes, la qualité des interventions, la vivacité du débat, l’originalité de la forme. Tout cela dans une ambiance festive et détendue. Les travaux du congrès se sont aussi déroulés dans une très bonne ambiance démocratique, marquée par le nombre important des congressistes (102) et un rajeunissement des effectifs. Les élections se sont déroulées dans une saine compétition démocratique, loin de tout esprit revanchard ou de combine.

- Quel est le profil de la nouvelle équipe ?

Sana Ben Achour : C’est, en effet, une équipe ; son unité est d’abord assise sur la structure du vote, un vote équilibré, visant l’intérêt de l’association et mettant l’accent sur l’importance de la relève, des régions, du renouvellement. C’est une équipe qui par certaines de ses membres, symbolise la continuité entre les deux bureaux - avec par exemple Saïda Garrach, Safia Farhat, Raja Dahmani - l’ouverture – avec Fathia Hizem et Monia Ben Djemîa - le rajeunissement - avec
Naziha Jemaâ - la solidarité - avec Essia Bel Hassen et Halima Jouini. Je peux affirmer qu’il y a de la part de toutes la volonté réelle de travailler ensemble et de partagerl’expérience.

- Quelles sont les résolutions qui ont été adoptées par le congrès ?

Sana Ben Achour :Nos résolutions sont le fruit d’un travail collectif et d’une réflexion, commencée voilà plus de 6 mois, au mois de juin, au sein de commissions de réflexion puis dans le cadre d’assemblées générale et enfin en congrès. Elles sont fondées sur un diagnostic général intéressant l’environnement externe, national et international, ainsi que l’analyse de la situation interne
de notre association. Ce qui nous a permis de mettre l’accent sur les menaces qui pèsent sur les droits et la démocratie, mais aussi sur les blocages ou les limites interne de l’association.

Ceci nous a amenées à nous interroger sur des questions d’importance stratégique comme, par exemple, le sens du combat juridique dans un pays « saturé » par l’action d’un pouvoir autoritaire qui a fait de la question des femmes son credo, ou la question des alliances et de la prise en charge de la question femme par les acteurs politiques, ou enfin l’impératif du renforcement des capacités politiques des femmes, etc. Nos résolutions visent donc à continuer à œuvrer pour la cause de l’égalité de droits et de chance, pour les droits, la citoyenneté, la liberté et la démocratie ; elles visent d’abord à consolider nos moyens - par exemple, en renforçant les capacités d’écoute du centre d’écoute des femmes victimes de violence et en lui enjoignant une nouvelle cellule d’écoute des femme travailleuses à la recherche d’emploi. De même, la résolution est prise de donner à notre action une dimension régionale et de compter pour cela sur les militantes des régions, notamment les copines de Sousse.

- Et pour les questions générales ?

Sana Ben Achour :Notre association a toujours affirmé son engagement pour la démocratie, les libertés publiques et la justice sociale. Contrairement à beaucoup d’idées reçues, le féminisme n’est
pas un enfermement mais bien le « versement » - si je peux m’exprimer ainsi- de la question des femmes dans le champ public pour en faire l’affaire de tous. Le champ public est aussi donc notre affaire. Nous continuerons à nous mobiliser sur ces questions comme nous
sommes aujourd’hui mobilisées avec tous les acteurs associatifs et politiques pour le Bassin Minier de Gafsa -Rdayef .

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